A PERFECT SUMMER ?

               Tandis que l’été s’achève, nous cherchons un moyen pour garder l’illusion bienfaitrice d’être encore en vacances. Les livres ont le pouvoir de prolonger, quelque peu, cette impression ; surtout, si nous faisons le choix opportun, pour une délectation pleine et souveraine.

               Sans conteste, le roman d’Elizabeth Jane Howard (1923-2014) est gage de dépaysement estival. Paru en 1990, Etés anglais est une saga en quatre tomes, dont le premier au titre évocateur – La saga des Cazalet – dépeint les portraits des protagonistes à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Durant deux étés successifs, en 1937 puis 1938, centrés sur une famille anglaise bourgeoise, le lecteur devient témoin du début d’une période charnière de l’Histoire européenne, résumée avec justesse en ces termes : « les femmes savaient que c’étaient les hommes qui dirigeaient le monde, possédaient le pouvoir et corrompus par lui, se battaient à la moindre occasion pour en acquérir davantage, tandis que l’injustice était omniprésente dans leur vie à elles ». Simple prétexte pour évoquer les liens compliqués qu’entretiennent les membres d’une famille, somme toute banale.

               Anodine ? Peut-être pas complètement. En effet, il semble que de nombreux secrets inavouables accompagnent ce clan, excessivement fusionnel. Autour des grands-parents, gravitent trois fils – chacun ayant femme et enfants – ainsi qu’une fille, pas si célibataire que cela. A la tête de cette famille nombreuse, le patriarche réunit l’ensemble de ses membres à la campagne, décorum d’une pièce de théâtre à l’apparente quiétude, dans laquelle chaque personnage connait parfaitement son rôle. Toute cette joyeuse maisonnée est à l’image de l’entreprise, dont il est le fondateur. Les relations se tissent et se défont à mesure que le passé, chargé et trouble, resurgit et que les faux-semblants se révèlent. Pesante, l’atmosphère entre les protagonistes équivaut à la chaleur étouffante d’un mois d’août à Londres, que cherchent à fuir les Cazalet. D’ailleurs, « dans la vie, ce qu’on gagnait d’un côté, on le perdait de l’autre ».

               D’une virtuosité remarquable, la plume de l’auteur reflète habilement une finesse d’observation unique. Sous les traits d’un panel de personnages variés, le narrateur se travestit au gré des pages, pouvant aussi bien être une enfant – qui découvre les affres de l’adolescence – qu’un mari infidèle en proie à son audace de séducteur. La psychologie de chacun d’entre eux se déploie avec autant de vraisemblance, que la réalité de la guerre s’élabore peu à peu. Le lecteur devient acteur du récit relaté, un membre à part entière de cette famille tourmentée.

Caroline.

Elizabeth Jane Howard, Etés anglais. La saga des Cazalet, Paris, La Table Ronde, 2020 [parution originale en 1990]

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