Photographies de confinés : duo improvisé

Cela fait plus de 40 jours que le mot voyage a disparu de notre vocabulaire. Comment s’échapper, comment s’inviter au voyage, alors que les écrans sont nos seuls échappatoires – ou presque -. Comment partir en quête d’ailleurs, tout en restant chez nous ? La photographie permet aux photographes de capturer un instant du monde, puis d’en ouvrir un nouveau en en fixant les contours et les couleurs chacun à leur manière. Qu’il s’agisse de paysages ou d’images urbaines, Julien Raude et Quentin Dubus nous permettent d’entrevoir des formes parfois insoupçonnées de réalités sociales. Ils immortalisent ce qui les entoure ; un moment, un instant, une époque. A travers des diptyques, je vous propose de découvrir les carnets de voyage de Julien Raude et Quentin Dubus. Confinement oblige, nos deux photographes, amis de surcroît, ont décidé de réunir leurs photos de voyage au Maroc.

© Julien Raude – Fès (tanneries)
© Quentin Dubus – Essaouira 

La temporalité diffère, le lieu souvent aussi. Ces séries d’images racontent et mettent en présence chacune, quelque chose de différent. J’ai été frappée par le travail des couleurs. Julien Raude et Quentin Dubus ont, chacun à leur manière, réussi à prélever l’essence de ce pays qu’est le Maroc. Les villes, les plages, les déserts et les montagnes de ce pays d’Afrique du Nord sont un véritable festin visuel. Un océan de couleur se déverse : ocre, bleu, rouge – et j’en passe –

A gauche, c’est une palette de couleurs à ciel ouvert qui n’est pas sans rappeler la palette d’aquarelle d’un peintre : de l’ocre avec des nuances tirant vers le brun, le jaune et le rouge. Plus ou moins pâles, plus ou moins foncées. Des vases en pierres sont remplis avec une vaste gamme de teintures et de liquides divers qui se répandent. Un homme est debout dans un des bacs, le corps plongé dans le liquide jusqu’à la taille. J’imagine qu’il travaille sous le soleil brûlant pendant que je suis tranquillement là à tapoter sur mon clavier d’ordinateur. Aucune mécanique. Seule la main, le corps entier travaille la terre.

A droite, la mer, l’eau. Une teinte bleu intense fait écho. Le bleu, couleur de prédilection des pêcheurs qui semblent s’en être servi pour peindre leurs barques. Un goéland, en arrière-plan, élément central dans la composition de cette photographie vient percer le ciel de sa silhouette noire. Mauvais présage ? Calme avant la tempête ? Les pêcheurs sont rentrés au port, le soleil s’apprête à se coucher et les oiseaux prennent le large.

© Julien Raude – Village à proximité de Merzouga

© Quentin Dubus – Essaouira 

Chez Julien Raude comme chez Quentin Dubus, on remarque l’importance du cadrage. Les deux photographes apportent un soin particulier à la composition de leurs images. En revanche, la question du « sujet », de la substance même de la photographie reste ouverte. Julien Raude s’empare de faits de société. Il s’inscrit dans la démarche de la photographie sociale. Celle-ci se concentre sur le sujet, l’humain, l’individu. Il ne s’agit pas tant d’une photographie documentaire, mais bien d’une démarche qui tend à dépasser la seule description factuelle. Julien Raude pose les questions d’identité individuelle et collective. Militantisme assumé ? Le travail de Julien Raude n’est pas tant celui de pointer du doigt une injustice et la résoudre, mais bien celui de mettre en lumière le regard porté sur le sujet et l’immersion dans l’intimité humaine.

Dans les photographies de Quentin Dubus rien n’est anodin. Chaque image est pensée, repensée et prend sa source dans des expériences préalables. Au-delà de la recherche pour obtenir une image techniquement parfaite, Quentin Dubus traduit en image les ambiances et les formes évoquées par le lieu, offrant ainsi une vision renouvelée du paysage. Quentin Dubus oscille entre présentation et représentation, entre objectivité du réel et théâtralité, tout en faisant émerger la notion de décoratif dans son travail. Grâce à la composition, au choix du sujet, ses photographies contribuent à la construction d’une image idéale de l’espace urbain auprès du « regardeur ». Nous sommes face à une cartographie imaginaire. Nous devenons touristes immobiles, se déplaçant physiquement grâce à la mise en forme artistique de ses images.

© Julien Raude – Essaouira (Medina)
© Quentin Dubus – Marrakech 

Deux ruelles. Des silhouettes presque fantomatiques apparaissent.Vont-elles disparaître ? Sans se concerter Julien Raude et Quentin Dubus ont adopté le même point de vue, dans deux petites rues. La photographie de gauche, nous donne le sentiment que nous sommes sur le pas de la porte, que nous sommes sur le point d’entrer dans un espace privé.

Julien Raude met en exergue la singularité, les traits culturels et les conditions sociales des individus présents dans l’espace de la photographie. Le lieu, les objets, les gens, témoignent d’un imaginaire social.

A droite, on ne sait plus si l’image est vraie, jouée, si le personnage au fond est en train de poser volontairement ou non. Véritable parti-pris, fiction et narration se conjuguent et s’entremêlent. L’image nous parle dès le moment où nos yeux se posent dessus.

© Julien Raude – Fès (médina)
© Quentin Dubus – Telouet

Je l’évoquais plus haut, chacun des deux photographes met un point d’orgue à choisir son sujet, son cadre, son point de vue. Nous sommes face à des clichés provenant du même pays, parfois de la même ville, et pourtant l’intention n’est absolument pas la même. Julien Raude tend vers la photographie sociale tandis que Quentin Dubus tend vers la photographie narrative avec un petit quelque chose de l’ordre du cinématographique. L’intention n’est pas la même. Julien Raude cherche à montrer une réalité brute, tandis que Quentin Dubus joue de la réalité pour en faire une fiction, il se joue de notre imaginaire.

Merci à Julien et Quentin, pour m’avoir accordé leur confiance, et m’avoir laissé l’occasion de poser des mots sur leur carnet de route. Restons chez nous, soutenons les artistes.

Si vous voulez suivre leur carnet de voyage au Maroc c’est ICI et pour suivre le compte instagram de Quentin Dubus c’est par LA

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