« L’Amour nuit gravement à la santé » ou comment amour et épidémie sont mis en ménage par Cyril Bonin

Je ne sais pas vous mais cette période de confinement a été l’occasion de regarder plusieurs films et série où il est question d’épidémie et de bascule dans un monde apocalyptique  ou pré-apocalyptique. J’en ai profité pour (re)lire et finir la trilogie de bande-dessinée Amorostasia de Cyril Bonin : épidémie et amour de nos jours.

« Amorostasia » de Cyril Bonin, éd. Futuropolis

Dans les trois tomes d’Amorostasia on voit les débuts et la diffusion d’une épidémie : l’amorostasie. Les personnes amoureuses, touchées par la maladie, se figent et restent figées. La communauté scientifique, les médecins s’interrogent sur ce phénomène qui, dans un premier temps, touche Paris puis s’étend progressivement à la France et au monde entier. Les symptômes de cette maladie sont : « rigidité, inertie musculaire, mutisme… Les victimes sont dans un état cataleptique ou catatonique ». L’héroïne que nous suivons, Olga Politoff, est journaliste. Lors d’une des conférences de presse où le professeur Korda, « spécialiste » du sujet, répond aux questions et répond tant bien que mal.

Question : « Beaucoup de victimes se sont figées en s’embrassant. La maladie se transmet-elle par contact ? S’agit-il d’une bactérie ou d’un virus ?… »

Réponse : « Pour le moment, nous ignorons totalement la cause ou le mode de transmission de la maladie. Mail ne semble pas s’agir d’une contamination virale ou bactérienne. Un baiser n’est pas indispensable, mais c’est un facteur de risque non négligeable. ».

Re-réponse : « ce dont nous sommes sûrs, c’est que seules les personnes amoureuses en sont victimes. »

Question : « Mais qu’entendez-vous par « amoureuses » ? »

Réponse : « Eh bien, la maladie ne semble pas concerner l’amour filial ou l’amitié. Elle vise le sentiment particulier que l’on éprouve lors d’une rencontrer intense ou d’un coup de foudre par exemple. » (extrait du tome 1 d’Amorostasia)

Amorostasia, de Cyril Bonin, éd. Futuropolis

Un climat de psychose s’installe alors progressivement. Un homme s’est figé à cause d’une femme, cette dernière doit porter un brassard et elle est alors stigmatisée. Les couples se demandent s’ils sont vraiment amoureux s’ils ne se figent pas et remettent en cause leur vie. Dans ces trois tomes (promis, je vais essayer de ne pas vous spoiler) on suit le parcours d’Olga dans une société parisienne, française puis mondiale qui va devoir se modifier en profondeur. Pour ne pas être infecté par l’Amorostasie, il ne faut pas être amoureux, il ne faut pas tomber amoureux, il ne faut donc pas être dans des situations qui qui provoqueraient un intense sentiment qui pourraient se rapprocher de l’amour. Au fur et à mesure de l’accroissement de l’épidémie, les consignes de sécurité s’intensifient, un couvre-feu est instauré, les bars sont fermés, dans les musées, les statues représentant l’amour ou pouvant provoquer une émotion forte sont couvertes afin que le public ne les voie pas et le port du brassard pour les personnes qui ont provoqué le sentiment amoureux et ont donc fait se figer quelqu’un.

Cette trilogie de Cyril Bonin, quand j’ai lu le premier tome, je me suis dit qu’il se tenait et qu’il n’avait pas besoin d’une suite. Puis, il y a une  un second tome Pour toujours… et un troisième …et à jamais, et je n’ai pas été déçue par ces suites. Avec Amorostasia (1, 2 et 3), Cyril Bonin nous plonge au cœur d’une épidémie/ pandémie avec les incertitudes et les inconnues que cela implique. Il aborde, avec son histoire, plusieurs thèmes tels que l’amour bien évidemment mais aussi la recherche, les réactions sociétales en temps de crise, le féminisme avec la position de la femme dans la société et à quel point elle est toujours jugée fautive de ce qui lui arrive de mal. Cette trilogie qui tourne autour de la thématique « l’amour nuit gravement à la santé ! » est riche, foisonnante, intéressante, c’est un regard sur le monde, sur des gens qui sont contraints de vivre autrement et toutes les inégalités qui peuvent apparaître. En ces temps de pandémie et de confinement, ça peut être bien de lires ces bandes dessinées.

Lola Juan.

Amorastasia, Pour toujours… et …et à jamais de Cyril Bonin, édition Futuropolis.

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