Kit de survie à l’ennui #3.2 : Bilan du week-end à mille pages

Avec un retard acceptable, je vous dresse aujourd’hui le bilan du challenge week-end à mille que je vous avais proposé vendredi dernier.
Et c’est un échec, mais pas tant que ça. Sur 1000 pages, j’en ai lu 550, soit Je, François Villon (Jean Teulé) en entier et les deux premiers chapitres des Dames du XIIe siècle (Georges Duby). Avant de vous délivrer mon avis sur ces deux ouvrages, je souhaite vous partager mon ressenti sur cette expérience.

 

Pourquoi un échec ?

Je savais d’emblée que je n’allais probablement pas réussir à lire ces 1000 pages. Je lis assez lentement et me déconcentre assez vite. J’ai également du mal à ne me vouer qu’à une seule activité dans la journée et, vous-même vous savez, des idées toutes plus bizarres les unes que les autres nous viennent en tête en ces temps de confinement, et il a fallu que, moi aussi, je fasse du pain. Néanmoins, j’ai lu le roman de Jean Teulé en deux traites (parce que dormir, c’est important, paraît-il) et n’ai que peu lâché les Dames de Duby avant la fin du décompte.

Outre mes prédispositions, le choix de mes lectures explique également mon échec. Bien que très clair, avec une écriture fluide et simple, le livre de George Duby demande une autre concentration qu’un roman. Manquer une phrase ou un paragraphe par manque d’attention et vous devez tout recommencer pour comprendre. Par ailleurs, la langue à beau être limpide, le propos est parfois assez pointu et ne se lit pas aussi facilement qu’un simple récit. Les références historiques et littéraires entraînent le cerveau dans une gymnastique d’appel à la mémoire qu’un roman ne demande pas nécessairement, ou tout du moins pas avec la même intensité.

Je reste cependant contente de cette première tentative. 550 c’est un plutôt bon chiffre compte tenu de mes lenteurs. Pour la prochaine fois, donc, je m’astreindrai à des lectures de fiction pour maximiser mes chances d’attendre les 1000 pages.

Et donc, ces lectures ?

Le roman de Jean Teulé nous raconte la vie du poète François Villon à la première personne avec un style vif et un protagoniste outrancier. La quatrième de couverture nous vent une histoire empreinte de liberté mais je pense qu’il aurait été plus honnête d’ajouter qu’elle était également très teintée de violence, voire de cruauté. Villon semble subir sa vie et entraîner tous ceux qui l’entourent dans sa chute sans vraiment s’en rendre compte, sans peser les conséquences de ses décisions. Son destin est cruel, à l’image des actions qu’il mène, suiveur des pires crapules de son temps. Le lecteur se trouve alors dans une compassion mêlée de détestation pour ce poète rebelle mais aussi exécrable. Jean Teulé introduit dans son récit des textes de Villon en ancien français et traduits en français moderne. L’entremêlement de la narration et de la poésie est très habile, le style de Teulé se mariant très bien avec le vers de Villon. J’ai personnellement été très dérangée par la violence outrancière du récit et par la sorte d’empathie qui se met en place envers des violeurs et assassins.

Les Dames du XIIe siècle de George Duby nous garde dans un Moyen Age, cependant plus lointain et moins romanesques … Quoique. L’historien se prête à l’exercice du portrait de personnages iconiques mais également méconnus ou du moins dont l’image a tant été altérée et réappropriée qu’il est difficile d’en dessiner les contours originels. Il ne s’agit pas tant d’un recueil de biographies, le manque de sources rendrait la tâche hasardeuse, que d’une réflexion sur la construction du récit qui entour des figures devenues emblématiques tout en s’interrogeant comment elles ont atteint leur notoriété. L’auteur s’intéresse donc autant au personnage qu’aux différents portraits qui en ont été dressés. Il rappelle également que ces portraits ont essentiellement été produits par des hommes, souvent religieux, avec tout ce que cela implique comme arrières pensées. Il nous engage également à être bien conscient que les récits du XII-XIIIe siècle n’étaient pas écrit comme les livres actuels, que le but de ces ouvrages étaient très différents de ce que nous connaissons aujourd’hui. Je conseille donc vivement cet ouvrage pour qui s’intéresse à l’histoire et à la manière dont son récit se construit.

Quel est l’intérêt d’un tel challenge ?

Car on pourrait rétorquer à ce défi que la lecture devrait être un plaisir simple, sans besoin de performance et de productivisme. Et c’est vrai. La tendance actuelle, exacerbée par le confinement, à pousser les gens à la productivité et à la performance, à coup de do it yourself et de développement personnel est pour moi très nocive et à l’image du mon de capitalisme dans lequel nous vivons. Cette course est épuisante et s’astreindre à lire 1000 pages en un week-end est fatigant. Cependant, l’idée de se donner pour objectif de lire tel livre en un temps limité peut donner un cadre salvateur aux esprits vagabonds et gourmands qui noieraient bien leurs angoisses dans des cookies et des vidéos de cuisine sur youtube quitte à se sentir plus mal encore. Sans pour autant aller jusqu’à 1000 page, se contraindre un peu pour retrouver un rythme correct et un soupçon d’hygiène de vie dans la routine pyjama-pyjama-pyjama m’a fait plus de bien que de mal, bien que je ne souhaite pas en faire un art de vivre pour chaque jour.

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