Merci Annie Ernaux

15 jours après le début du confinement en France, le site de France Inter, par l’intermédiaire de l’émission d’Augustin Trapenard, publiait une lettre ouverte d’Annie Ernaux à l’attention de notre Président de la République.

Annie Ernaux, je l’ai découverte il y a quelques années, une dizaine si ce n’est plus. J’aime sa plume, son rapport à l’écrit, comment elle travaille ses textes, choisit les mots qu’elle utilise dans une volonté de dire le monde, la vie. Souvent, ses textes, ses livres parlent d’elle, de sa vie, de son passé, de périodes de sa vie, qu’elle déconstruit. Déconstruire pour comprendre ce qui fut. Décrire et déconstruire, montrer et démontrer, voici comment je qualifierai les écrits d’Annie Ernaux, ils sont un regard sur son monde, le monde dans lequel on vit…

Annie Ernaux, Ce qu’ils disent ou rien, Paris, Gallimard, 1977

Le 30 mars 2020, Annie Ernaux s’est saisie de notre actualité et a transmis à Augustin Trapenard, journaliste sur France Inter, une lettre ouverte au Président de la République. Elle commence en citant Le déserteur de Boris Vian :

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ».

Puis, elle remet en question le discours de guerre que le gouvernement français emploie depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19 et dit « Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. » Mais bon, comme elle le dit si bien, si c’est comme ça, c’est comme ça donc :

« Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. »

Cette lettre ouverte est un cri qui en rejoint un autre que vous pourrez lire là sur le site de Libération. Notre gouvernement nous dit que le temps, maintenant, est de se concentrer sur les malades, de gérer cette crise et le temps des critiques sera pour après. Et c’est ce que font les soignants, ce que font les gens qui gèrent cette crise : ils se battent pour trouver des solutions et sauver des vies et nous, on reste chez nous, parce que ça, ça peut aider. Je ne sais pas parler de cette situation dans laquelle nous sommes, je suis parfaitement incompétente pour parler de la situation dans les hôpitaux, pour dire s’il faut que tout le monde porte des masques ou non mais, les gouvernements qui se sont succédés n’ont eu de cesse de mettre à mal les institutions publiques, leur fonctionnement, leur pérennité parce qu’il faut réduire la dette publique, parce qu’il faut réduire les coûts, parce que tout n’est qu’une question d’argent mais l’argent remplace-t-il la vie ? Et Annie Ernaux de conclure :

« Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » –  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale. »

J’ajouterai que nombreux nous sommes aussi à nous dire que cette crise, ce confinement, le fait que la qualité de l’air est meilleure, que les eaux sont plus limpides, pourrait permettre une prise de conscience, de changer nos manières de vivre afin d’être plus écoresponsable par exemple ou de ne pas être dans la surconsommation mais en sommes-nous capables et surtout est-ce le chemin que propose les discours que l’on entend régulièrement : ah oui, c’est vrai, on parle plutôt d’un retour à la normale, d’un retour à un société consumériste qui s’occupe de son plaisir immédiat.

Lola Juan (Guest).

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