Ayako – Osamu Tezuma

Ayako est un manga d’Osamu Tezuma publié à partir de 1972. Il s’agit de l’histoire de la famille Tengé, vivant dans la campagne japonaise et dont nous suivons d’abord un des fils, Jiro puis la petite Ayako, dans le contexte de l’après seconde guerre mondiale.

Jiro revient d’un camp de prisonniers américain où il a été emprisonné jusqu’en 1950. Il est aussi devenu espion à la solde de la puissance états-unienne qui occupe alors le Japon. Il doit donc jongler entre des retrouvailles en demie teinte avec sa famille et les basses œuvres qui lui sont commandées. Sa famille a en effet connu d’importants bouleversements, et son retour semble n’en rajouter qu’un supplémentaire.

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TW : des thèmes difficiles vont être abordés dans la suite de l’article et dans le manga, le viol, l’inceste et le suicide, si tu n’es pas à l’aise avec ces sujets, je t’invite à stopper ta lecture et farfouiller dans les autres articles pour des suggestions qui te conviendront bien mieux !

Jiro découvre que sa famille s’est embourbée dans des affaires internes sordides afin de garantir la pérennité de ses terres. Ainsi, Ichiro Tengé, frère aîné de Jiro a accepté de « prêter » son épouse Sué à son père Sakuémon qui pourra coucher avec la jeune femme à loisir contre la garantie d’hériter de la totalité des terres. De cette union criminelle naîtra Ayako, présentée à Jiro et à toute la famille comme la fille de Sakuémon et de sa véritable épouse, Sué devant se présenter à sa fille comme une demi-sœur.

Les secrets ne s’arrêtent pas là : du fait de son travail d’espion, Jiro doit tuer et couvrir le meurtre d’un chef de l’équivalent du Parti Populaire des Travailleurs japonais qui milite contre la présence américaine et ses conséquences. La mission se déroule très bien jusqu’à ce qu’Ayako et Oryo, sa nourrice présentée comme une simple d’esprit, découvrent du sang sur la chemise de Jiro. Au moment de l’enquête, les inspecteurs font le lien avec la famille Tengé et cherchent à avoir des témoignages.

C’est alors que le patriarche Sakuémon et le conseil familial prennent une décision radicale : cacher définitivement Ayako en la faisant passer pour morte. C’est alors le début d’une vie de réclusion pour la petite fille qui n’aura de contact qu’avec Sué dont elle ne sait pas qu’elle est sa mère C’est aussi à ce moment que commence la cavale de Jiro devenu un élément plus que déshonorant pour la famille.

Le résumé fastidieux de l’œuvre n’en montre que la richesse en intrigues. Nous plongeons dans les affres d’une riche famille de propriétaires terriens prête à tout pour conserver son patrimoine de plus en plus fragile du fait de la redistribution des terres agricoles. Nous en apprenons également beaucoup sur une période particulière de l’histoire du Japon alors sous occupation américaine avec toutes les conséquences politiques, économiques et sociales que cela a pu avoir. L’auteur ainsi que le traducteur se sont attachés à donner le plus d’éléments de contexte, sans lourdeur, afin que le lecteur puisse comprendre les enjeux auxquels les personnages sont confrontés. Le génie de l’œuvre réside dans l’habileté du sac de nœud finement ficelé dans lequel chaque personnage se retrouve piégé, qu’il le veuille ou non.

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Un des intérêts de l’œuvre est d’entrevoir le fonctionnement particulier de la société rurale japonaise de la moitié du XXe siècle, avec tout le recul que nous devons avoir face à une œuvre littéraire. Les dynasties familiales comme les Tengé semblent constituer une véritable sphère de pouvoir avec lesquelles les autorités doivent jongler pour faire avancer leurs enquêtes. La culture du secret et de l’entre-soi y est sont forts qu’il en devient difficile de percer le moindre secret.  Les familles rendent leur propre justice et tissent une solidarité forte et opaque pour qui voudrait s’y immiscer. Tous ces éléments d’arrière-plan fournissent une multitude d’opportunités d’intrigues tortueuse que l’auteur a saisie et exploitée avec talent.

Le traitement des personnages n’est pas en reste. Dans cette toile, chacun a un rôle, subi ou actif. Les femmes sont également présentes dans cette dynastie, bien qu’elles soient très souvent victimes des situations, malgré des exceptions. Nous pouvons y voir des fonctionnements propres au contexte de narration et d’écriture de l’œuvre et une mise en lumière de la cruauté du traitement qui leur est réservé. Le manga est ponctué de scènes très dures de viol, inceste, de violences physiques et verbales et plus encore. Jamais l’homme violent n’est glorifié : au contraire, il est pitoyable. Ainsi, l’œuvre, bien que parfois difficile à lire n’est jamais ambigue sur la violence. La seule chose que je pourrais déplorer et l’érotisation des femmes, mêmes jeunes avec un traitement des déficiences mentales très voyeuriste mais cela n’est selon moi qu’au service de l’atmosphère dérangeante de l’œuvre.

Je recommande donc chaudement cette lecture aux amateurs de secrets de famille, de voyage historique et de culture japonaise. Même s’il faut bien garder qu’il ne s’agit que d’une représentation fictive, l’œuvre interroge sur bien des aspects d’une société différente de la nôtre à une époque donnée.

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