Panier de culture du 1er mai de Lucie 

Travailler c’est trop dur, et voler c’est pas beau…

Fêtons ensemble ce premier mai férié avec un panier centré sur la thématique du travail dans la culture. La première chose est de constater que le thème a été étrenné sous tous les angles, dans différents registres et via une multitude de médiums. Difficile de faire un choix parmi la quantité extravagante de sujets de qualité qui me venaient à l’esprit : du cinéma de Chaplin (Les temps modernes) à celui de Ken Loach (Moi, Daniel Blake), de l’emblématique photographie d’ouvriers déjeunant en haut d’un gratte-ciel dans le New-York des années 30 aux séries télévisées comme Mad Men ou Suits qui prennent place dans ces mêmes buildings et nous dévoilent les requins qui y appliquent la loi du plus fort…

Plusieurs pistes s’offraient à moi, notamment une plus politisée : en effet, la fête du travail en France, c’est aussi la journée internationale des travailleurs, journée de lutte et de mobilisation nationale du milieu ouvrier. Malgré l’actuel et continu combat contre la précarité et l’injustice sociale, je n’ai pas souhaité tourner cet article vers ce terrain délicat et que je ne maîtrise pas assez. À part me permettre de vous conseiller le documentaire de François Ruffin Merci patron !, je vais plutôt m’atteler à vous faire relativiser l’importance du travail dans votre vie. Oui, je suis diabolique. Et comme dirait les (plus si) jeunes, YOLO ! (On a qu’une seule vie pour les LV1 russe)

Je rebaptise donc cet article : Questionnement sur la flemme, la procrastination et la réussite. Certains sujets abordent également la question du travail improbable et du changement de vie. Pour tous ceux qui veulent tout lâcher et partir élever des chèvres dans le Larzac dans une communauté de fumeurs de pétards, let’s go ! (C’est parti pour les LV1 portugais)

On commence par une introduction musicale

Le manque d’ambition, une maladie incurable ?

Dans une société où l’on sanctifie la réussite professionnelle et les bénéfices matériels qui en découle, n’avoir envie de rien est-il preuve d’une inadaptation ? Ou le fléau de notre génération ? Je vous propose quelques films et livres traitant de l’ennui choisi et du blocage provoqué par la peur de l’échec.

Libre, seul et assoupi, Romain Monnery, éd. au Diable Vauvert, 2010

L’histoire très générationnelle de « Machin » qui, à 25 ans et bac +5, n’a aucune envie de découvrir et d’intégrer le monde du travail. Ses parents ne comprenant pas ce manque d’ambition et ne supportant plus de le voir végéter le chassent pour le faire réagir. Il se retrouve en colocation à Paris avec une ancienne camarade d’université, où il expérimentera une longue période de rien (pas d’emploi, pas d’envie, pas de copine), avant d’être confronter à l’obligation (financière) de trouver un job. Le livre a été très bien adapté sur grand écran en 2014 par Benjamin Guedj sous le titre Libre et assoupi. Je m’y suis quelque peu retrouvée et je ne pense pas être la seule…

Les Vitelloni, Federico Fellini, 1953 (IT-FR)

Fellini suit la vie d’une bande de trentenaires au comportement d’adolescents, qui vivotent au crochet de leurs parents, se laissant vivre au grès de leurs nuits arrosées, sans arriver à trouver la force de prendre leur destin en main.

Comment c’est loin, Orelsan et Christophe Offenstein, 2015 (FR)

Le film d’Orelsan et Gringe nous plonge dans la vie médiocre de deux potes fans de rap et talentueux mais qui ne se sont jamais donnés les moyens de véritablement percer dans la musique par flemme et surtout par manque de confiance en eux. C’est drôle et grinçant, accompagné d’une excellente BO, dont est extraite la chanson Inachevés, qui résume plutôt bien le film.

Aimer s’ennuyer, se contenter de ce que l’on a sans chercher plus, vivre au « crochet » de la société sans culpabilité. Être un parasite, un anormal, un égoïste ou un lâche pour les autres. Ces films et livres dressent les portraits de ceux que la société considère comme des loosers voire des marginaux, et traitent avec tendresse des questions de la difficulté de passer à l’âge adulte et d’assumer la vie que l’on désire mener.

Travailler, est-ce vraiment la santé ?

Le travail représente une énorme part de notre vie. Le fameux « Métro-boulot-dodo », qui octroie pour certains le minimum nécessaire pour vivre, et pour d’autres un réel accomplissement personnel. Mais pouvons-nous tirer des bénéfices supérieurs d’une période sans travail ?

Crash Test Aglaé, Éric Gravel, 2017 (FR)

Aglaé n’aime pas l’imprévu. Elle aime les règles, l’ordre, et que tout corresponde parfaitement au programme fixé. Elle aime également son boulot, elle est technicienne dans une usine automobile et s’occupe des crash tests. Son quotidien est bouleversé lorsque son usine ferme et est relocalisée en Inde. Alors que ses collègues se battent pour leur droit, elle décide d’accepter de reprendre son poste en Inde, avec les conditions de travail et le salaire qui en découle, suivie par ses deux collègues et amies que rien ne retient en France. Atterrée par leurs choix qu’elle ne prend pas au sérieux, la direction refuse de leur payer un billet d’avion. S’en suit un road-trip surréaliste et initiatique ou chacune va se découvrir. Le film repose sur le paradoxe d’Aglaé, ne supportant pas le changement et les remises en question, et prête à parcourir 7500 km dans une vieille Renault pour le prouver. À voir et revoir sans modération.

Alexandre le bienheureux, Yves Robert, 1967 (FR)

Alexandre (Philippe Noiret) est un rêveur, un bon vivant. Travaillant la terre, il est sans arrêt poussé par sa femme à faire plus, jusqu’à épuisement. Lorsqu’il se retrouve brutalement veuf, il décide de prendre du temps pour lui et de goûter au farniente auquel il aspirait depuis toujours. Son nouveau mode de vie va bouleverser le village, qui va vite tenter de le faire « rentrer dans le rang » …

Extrait d’Alexandre le bienheureux, avec Philippe Noiret

Ces films nous invitent à nous redécouvrir en dehors du travail, aventureux et libre. Ouvrir son champ des possibles et se laisser tenter par de nouvelles opportunités et l’appel de la liberté.

C’est quoi réussir sa vie ?

Ben oui c’est vrai quoi, ça veut dire quoi réussir sa vie ? Avoir une Rolex avant cinquante ans ? Deux enfants, un chien, une maison et un 4×4 ? Chacun a une vision personnelle de la réussite et, heureusement, les clichés de la parfaite petite vie en banlieue pavillonnaire disparaissent peu à peu. Par contre, avoir sa propre opinion sur la question, sans se faire influencer par notre entourage et par nos préjugés se révèle plus complexe.

Récit d’un branleur, Samuel Benchetrit, éd. Pocket, 2004

Roman Stern est un gars sans histoire mais à qui tous les dépressifs de la terre racontent la leur. Peu importe où qu’il soit, ceux qui veulent se plaindre trouvent toujours son oreille attentive à leurs jérémiades. À la suite du décès d’une tante, il se retrouve à la tête d’un joli pactole qu’il décide d’investir en montant son business : La société des plaintes. Roman y met en avant son talent naturel et devient écouteur professionnel. J’ai lu ce petit roman il y a quelques années et je me souviens m’être dit que le titre n’était pas vraiment approprié. Le personnage n’est pas un branleur. Un introverti, oui. Un introverti qui réussit à tirer profit de sa condition, sans se dénaturer et à mener sa vie comme elle lui plaît : devant un bon plat d’onglet à l’échalote.

I feel Good, Gustave Kervern et Benoît Delépine, 2018 (FR)

Monique (Yolande Moreau) s’occupe d’une communauté Emmaüs près de Pau. Un jour, son frère Jacques (Jean Dujardin) la contacte après des années de silence. Toujours à la recherche du coup ou de l’arnaque qui le rendra riche, il tente d’entraîner sa sœur dans sa nouvelle lubie : une affaire de chirurgie esthétique low cost. La collision de deux mondes. Le frère adepte des arnaques et obnubilé par le fric se confronte à la pauvreté et à l’humilité des compagnons. Cette fable sociale remet en perspective les priorités financières et matérielles promues par notre société, de manière pas toujours très subtile mais avec beaucoup de cœur.

Cette dernière petite sélection nous fait explorer différentes conceptions de la réussite professionnelle qui reposent majoritairement sur l’accord avec soi-même. Ne pas se trahir : une des clés de la réussite ?

 

Conclusion musicale pour le fun

De toute manière dans la vie, on ne fait que passer : Valar Morghulis

 

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