Mary Poppins : Réminiscence de notre enfance

En cinquante-quatre années, le cinéma a vécu des bouleversements remarquables. La construction de son histoire ne cesse de s’accroître encore et toujours. Cependant, malgré l’évolution artistique apportée par les prouesses technologiques, certains personnages mythiques perdurent dans le temps.

Mary Poppins est de cet acabit. La nounou britannique la plus célèbre du grand écran signe un brillant retour, après un demi-siècle d’absence. En 1964, Robert Stevenson réalise la première version sous l’égide du producteur Walt Disney, en négociation ardue depuis vingt ans avec l’écrivain du roman éponyme, Pamela Lyndon Travers. Se heurtant à de nombreuses barrières érigées par l’auteure revêche, le scénario est finalement porté à l’image ; son succès est immédiat. Incarnée par Julie Andrews, Mary Poppins marque plusieurs générations de spectateurs. Mêlant prises de vue réelles et dessins animés, les effets spéciaux font figures d’innovation et propulsent, de ce fait, une histoire pour enfant au rang de film tout public. Magnifiée par des chansons emblématiques, l’adaptation du roman séduit les plus petits, tout autant que les adultes.
Et voilà qu’en 2018, notre nounou bien-aimée revient à l’écran. Va-t-elle supplanter la version originale ? Son triomphe sera-t-il aussi significatif qu’en 1964 ?

Le regard de l’enfant aujourd’hui adulte change indubitablement la réception de ce film, réalisé par Rob Marshall. Malgré la préservation de notre âme juvénile, nous assistons à la projection d’un remake, somme toute, un peu fade et sans surprise. L’interprétation d’Emily Blunt offre un intérêt certain dans la continuité de l’histoire. En effet, la nourrice sibylline à l’élégance britannique n’a souffert en aucun cas des affres du temps. Son air mutin et sa grâce lui confèrent une allure d’ondine, un brin narcissique et hautain. Toujours chapeauté avec goût, Mary Poppins est une fée à l’assurance pétillante, ne cessant de nous entraîner au sein de son imaginaire fascinant. D’autres personnages ajoutent de la valeur à ce divertissement : notons le banquier sans scrupule joué par Colin Firth ou l’étonnante Meryl Streep personnifiant la cousine fantasque à la chevelure flamboyante et à l’accent incongru.

Des moments burlesques, des refrains entêtants, une musicalité qui swingue et des effets spéciaux enchanteurs rendent ce long métrage satisfaisant. A la fois moderne et rétro, l’esthétique reste intacte et l’héritage originel est préservé. Toutefois, la banalité du scénario, dont le glorieux dénouement est attendu dès le début, laisse peu de stupéfaction aux spectateurs avisés. De plus, certains passages musicaux sont d’une longueur regrettable et la morale de cette fable est quelque peu redondante. Sans vouloir être trop rude, l’interprétation des jeunes acteurs ne convainc pas, manquant de naturel et d’émotion. Leur imaginaire fertile les embarque dans des situations problématiques monotones. Sommes-nous devenus trop blasés pour apprécier les pérégrinations enfantines entachées par des écueils successifs ?

Avouons tout de même, que la fantasmagorie est délicieusement régressive. Qui n’a jamais rêvé de s’envoler par le biais d’un simple ballon ? Ou de traverser les mondes animés et vivre une aventure rocambolesque ? Un tel cabaret mis en scène présente un univers à part. Néanmoins, entre la magie de l’illusion et un désenchantement onirique, il n’y a qu’un pas ! Pour les novices de Mary Poppins, la découverte émerveille bien évidemment, alors qu’un public averti peut ressentir une déception légitime, dès lors que la comparaison s’immisce dans leur esprit.
Semblable à un sermon biblique, le message sans subtilité de ce conte reste percutant et compréhensif pour tous. « Quand on se perd, il faut suivre la lumière qui éclaire notre chemin ». C’est l’effet de la « Luminomagiefantastic », qui remplace malheureusement l’illustre « Superqualifragilistic ». Cette flamme réchauffe le cœur, aide à traverser les tourments et à garder de l’espoir. Ainsi, les trois bambins Banks apportent cette chaleureuse étincelle à leur père, en difficulté face aux douloureux évènements de la vie. A la dérive, il peut compter sur le dévouement de sa famille pour repousser un avenir annoncé lugubre.

Éternelle et inaltérable, Mary Poppins est une ode à la joie, à l’innocence, mais surtout aux plaisirs insouciants de l’enfance. Par le biais d’une impétueuse bourrasque, nous ondoyons au gré de cette hymne, dans laquelle chaque problème trouve une issue positive. Cependant, le retour à la réalité austère s’impose et Mary Poppins part comme elle est venue. Observer le monde à travers le regard ingénu du chérubin encore présent en nous et le laisser se révéler de temps en temps, peut sembler illusoire. Mais il est vrai que cet état d’esprit redonne de la félicité à notre quotidien.

Pour les amateurs de biopic, Dans l’ombre de Mary, la promesse de Walt Disney retrace avec sensibilité le processus de création d’un des plus grands chefs-d’œuvre de la firme. Magistralement interprété par Emma Thompson et Tom Hanks, ce récit invite les spectateurs à connaître l’envers du décorum hollywoodien, où des protagonistes réels jouent un rôle décisif. Des rencontres, des idées, du talent, et surtout une volonté farouche de partager un rêve.

Caroline.

 

Mary Poppins, de Robert Stevenson, 1964
Le Retour de Mary Poppins, de Rob Marshall sortie le 19 décembre 2018
Dans l’ombre de Mary, la promesse de Walt Disney, de John Lee Hancock, 2014

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