NaNoWriMo : en finir avec l’écrivain maudit

Seul devant une veille machine à écrire, un bureau encombré de notes rédigées à la main d’une écriture brouillonne et raturée, l’écrivain veille jusqu’à tard dans la nuit, grelottant sous un vieux plaid mité. Il est tard, mais l’écrivain ne dort pas ; la nuit est propice à l’inspiration. Il fait froid, mais l’écrivain n’a pas les moyens d’allumer le chauffage. Pour se tenir éveillé, il fume une cigarette et se ressert un mauvais whisky.

L’écrivain contemple la page blanche insérée dans sa machine à écrire et se met à rêver d’un peu plus de confort, peut-être accessible une fois qu’il aura enfin publié son roman…

Écrire, une pratique solitaire ?

Si c’est ce qui vous vient en tête lorsque l’on parle de mois international de l’écriture de roman, sobrement raccourci en « NaNoWriMo » (National Novel Writing Month, on vous en parle ici), laissez-moi vous dire que vous faites fausse route. Ce cliché usé jusqu’à la moelle de l’écrivain maudit ne ressemble en rien à la réalité, mais il m’aura peut-être fallut participer au Nanowrimo pour réellement en prendre conscience.

Plus qu’un véritable coup de pied au c** pour forcer les écrivains en herbe à pondre un roman et à vaincre leur paresse, cet événement est surtout un moyen de rencontrer d’autres personnes pratiquant l’écriture. Et il s’agit d’un domaine artistique où les rencontres entre congénères sont précieuses : contrairement aux arts graphiques, sonores, ludiques, l’écriture se fait bien souvent seul, et ne bénéficie pas (en France) de formations publiques où l’ont pourrait se rencontrer et évoluer ensemble. À notre époque d’ultra-communication, de réseaux et de communautés, l’écriture semble être coincée dans ses stéréotypes, et l’écrivain reste bien seul face à la terreur de la page blanche.

Alors bien sûr, il existe des ateliers d’écriture, et les réseaux sociaux permettent de trouver d’autres personnes écrivant, à travers les fan-fictions par exemple… mais à titre personnel, j’ai toujours eu beaucoup de mal à trouver une communauté d’auteurs, à pouvoir échanger avec eux mes doutes, mes interrogations, que ce soit sur le processus d’écriture en lui-même ou sur l’état (moribond) des professions du livre. Jusqu’au Nanowrimo, donc.

Un mois pour les gouverner tous, et dans l’écriture les lier

Si vous habitez dans une grande ville, il y a de fortes chances que votre « ML » régional, l’agent de liaison du Nanowrimo, organise des « write-in ». Il s’agit de temps d’écriture commun, où les participants peuvent se rencontrer dans un café, un work-space ou même chez un particulier, afin d’écrire ensemble. On y fait généralement des word war (voir l’article précédent), on y parle de nos romans, de nos espoirs, de nos difficultés. On se soutient et on réalise que des tas d’autres personnes sont exactement dans la même situation que nous face à l’écriture. On se sent déjà un peu moins seul.

Aux write-in s’ajoutent les nuits de l’écriture : même concept mais en plus foufou, il s’agit cette fois d’écrire toute la nuit. Généralement, on fait ça lors de la « kick-off », le coup d’envoi du nanowrimo, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. À Paris, je participais aux nuits de l’écriture une fois par semaine ! L’occasion de se familiariser avec la communauté d’écrivains participant au nano, de vivre des moments intense d’écriture mais aussi de relâchement presque nerveux, dopé au café ou au thé, discutant joyeusement de tout sauf du nombre de mots qu’il nous reste à écrire pour terminer le défi.

Cela ne suffit  pas ? Vous habitez dans une toute petite ville loin de la civilisation ? Je compatis. Pas de soucis, on est en 2018. Le nanowrimo se passe aussi en ligne, à travers des groupes fb, le forum du site et surtout le Discord, sur lequel des dizaines de participants sont en ligne à toute heure du jour et de la nuit, pour papoter ou pour se lancer des défis.

Photo de groupe de la Kick off du Nanowrimo 2015 au centre Pompidou, Paris. Publiée avec l’autorisation de wrimos.fr

Écrire est un pas vers l’autre

Alors, que reste-t-il du cliché de l’écrivain maudit ?

En réalité, j’ai croisé plus de femmes que d’hommes, déjà. Donc parlons d’écrivaine maudite, pour commencer. Oh, et personne n’aspire à la solitude. D’ailleurs les wrimos que j’ai rencontré avaient une vie plutôt saine, consommaient peu d’alcool et fumant rarement. En fait, c’est plutôt une belle brochette de geeks, passionnés, gavés de pop-culture, de littérature de l’imaginaire, hyper connectés et curieux. On est loin de l’image de ce personnage renfermé sur lui-même dans un spleen baudelairien.

Bien sûr, ce portrait est lui-même un cliché, une généralité faite de quelques personnes rencontrées. L’écrivain.e est multiple. Lors d’ateliers d’écriture, j’ai pu rencontrer des personnes très éloignées de la littérature de l’imaginaire, privilégiant l’écriture papier aux ordinateurs, par exemple.

Ce qui est sûr, c’est que la solitude n’aide personne à écrire. Si vous aimez tenir la plume, qu’elle soit numérique ou physique, je n’ai qu’un conseil à vous donner : sortez de chez vous. Rencontrez les autres auteur.rice.s, participez à des ateliers d’écriture, au nanowrimo, sortez de votre zone de confort. Tous ces échanges sont des pépites pour vos prochains écrits, c’est la nourriture de votre imagination, c’est le carburant pour votre motivation. D’ailleurs, si vous écrivez, c’est bien pour qu’un autre vous lise ; et comment plaire à son lecteur si on se mure dans son propre monde intérieur ?

L’écrivain solitaire n’existe pas : cet être serait incapable de terminer une oeuvre. On ne peut écrire qu’au contact d’autrui.

Tristan

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