UNE LÉGENDE INTEMPORELLE

En ce jour d’Halloween, les récits emprunts de mystères et de terreurs déferlent autour de nous. Les devantures des boutiques, parées de toiles d’araignées et de masques grotesques, plongent le chaland dans un univers fantasmagorique. Divertissant petits et grands, cette bacchanale populaire ponctue le calendrier automnal et marque fortement le passage entre le monde vivant – l’été – et celui de l’hiver, où la nature s’éteint.

Le bestiaire du merveilleux – farfadets, fantômes, vampires et autres mort-vivants – pullule dans la littérature et au cinéma. Toutefois, le personnage emblématique dont l’image est ancrée profondément au sein de la communauté fantastique est bien évidemment celui de la Sorcière.

Nous sommes en 1692, un village puritain devient le plus célèbre des Etats-Unis. Le quotidien des habitants de Salem, rythmé par les préceptes religieux protestants, est perturbé par une force dite démoniaque. En proie à des convulsions physiques, des jeunes villageoises décrivent avec précision les maléfices dont elles sont victimes. La peur et la méfiance s’installent, gangrénant le village tout entier ; la chasse aux sorcières est lancée. Les noms des suspectes s’amoncèlent. Toutes femmes accusées par les témoins à charge sont arrêtées et soumises à un interrogatoire risiblement impartial. Les procès deviennent des divertissements pour la populace, avide d’exécution spectaculaire. Le corps des accusées est minutieusement épié, afin de déceler une marque de suçon, prodiguée par un démon. Mais les preuves matérielles ne suffisent pas toujours et les rêves des témoins sont pris en compte. Malheureusement, les inculpées ne trouvent aucun soutient, même parmi leur famille ; le cercle des supposées sorcières s’élargit. Condamnées par pendaison, les victimes de ce déferlement sans précédent plaident toutes non coupables. Les prévenues refusant d’avouer, préférant perdre la vie plutôt que mentir, sont considérées les plus dangereuses, alors que les dénonciatrices ont la vie sauve.
Ce procès est le pire épisode de l’histoire du puritanisme. Résultant de cet événement, les marginaux sont considérés comme des personnes viles et le pouvoir masculin renforce son emprise sur le corps féminin. Malgré certains intellectuels dénonçant l’hystérie de la communauté de Salem, la chasse aux sorcières se propage dans tout le pays et même au-delà.

La Sorcellerie en Alsace de Rodolphe Reuss

D’ailleurs, en France, nous ne sommes pas en reste de légendes et de faits historiques similaires. Chaque région se targue de sa manifestation diabolique, faisant partie intégrante des arcanes populaires transmises au gré des générations.
L’Alsace est une terre mystique inspirant de nombreux récits utopiques. Témoignant de cet engouement manifeste, une pluralité d’ouvrages orne les étagères des librairies. Voici une sélection succincte susceptible de capter votre attention.
Paru en 1871, La Sorcellerie en Alsace aux 16ème et 17ème siècles de Rodolphe Reuss reste encore une référence parmi les essais consacrés à l’occulte et à la magie. Ses recherches sont agrémentées d’anecdotes fabuleuses, qui foisonnent les traditions alsaciennes.

Les sorciers du Sundgau de Cyrille Kaszuk

Médecin généraliste à Hirsingue, Cyrille Kaszuk publie en 1981 Les Sorciers du Sundgau et autres souvenirs. Ses origines moscovites et son engagement dans la libération de l’Alsace lors de la Seconde Guerre mondiale alimentent son intérêt pour l’Histoire. Ses connaissances et sa passion donnent un point de vue pittoresque aux croyances locales.

Les Sorcières de Eugène Sandangelo

En 2012, l’écrivain Eugène Santangelo introduit son ouvrage, richement illustré, par cette note :

« Il y a deux années de cela, j’ai décidé d’entamer l’écriture de ce livre. Je ne savais pas à ce moment précis, qu’il allait déclencher toute une série d’événements et faits étranges autour de moi… et autour de vous maintenant »

Le lecteur est ainsi prévenu ; une promesse narrative bien surprenante.

Plus récemment, le magazine Le Monde des religions a consacré un dossier intitulé Sorcières, de la créature maléfique à l’icône féministe. Le regard des journalistes et des spécialistes sur le sujet est remarquable, apportant à la fois un éclairage moderne et historique.

Le Monde des religions

Qu’il s’agisse d’histoires d’épouvantes racontées avec délectation au coin du feu ou d’occire impunément les êtres incompris, l’image de la Sorcière traverse les siècles et garde une certaine notoriété dans le Monde entier. Tantôt positive, tantôt négative, la sorcellerie préserve son aura mystérieuse. L’actualité montre un autre point de vue de cette sibylle, tel un personnage féministe revendiquant un esprit libre de tout formatage masculin. Perturbatrice, elle met en lumière les problématiques de la société, notamment l’hégémonie des hommes. La transgression des mœurs et le refus de toute sujétion aux dictats font partie des préceptes martelés par les « Sorcières » d’un nouvel âge.

Caroline.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s