Panier de culture, féminisme, nature, jardins et art…

Septembre (bon d’accord, on est déjà fin septembre), c’est la rentrée, la fin de l’été, les sorties de livres, les expos d’été qui se terminent, celles de l’automne qui débutent… Une sorte de renouveau bizarre. En cette rentrée, il y a de quoi se faire plaisir, il y de bien belles choses à se mettre sous la dent ! Je vous propose donc un pot pourri on ne peut plus personnel…

Carlos Ayesta & Guillaume Bression, "Retracing our Steps", 2011-2017 © Carlos Ayesta & Guillaume Bression
Carlos Ayesta & Guillaume Bression, « Retracing our Steps », 2011-2017 © Carlos Ayesta & Guillaume Bression

Il y a plusieurs expositions que j’ai envie de voir mais il faut bien faire une sélection…
Donc à la Chambre à Strasbourg, actuellement et ce, jusqu’au 28 octobre, nous pouvons découvrir avec « Fukushima Exclusion Zone » le travail de Carlos Ayesta et Guillaume Bression. Ces deux photographes ont été dans les 20 km de la zone d’exclusion autour de Fukushima peu de temps après la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011 puis ils y sont retournés à plusieurs reprises : « En mars 2011, nous avons découvert, hallucinés, le no man’s land autour de la centrale nucléaire. (…) Au milieu des villes désertes, nous croisions pourtant de rares habitants : des résidents en masque et combinaison radiologique courant affolés, des policiers un peu perdus ne sachant pas quelle instruction donner ou encore un éleveur essayant de sauver ses chevaux affamés. (…) De notre côté, nous avancions, les yeux rivés sur notre dosimètre : « C’est donc cela un accident nucléaire ». Six mois plus tard nous avons voulu convertir ce choc initial en un projet artistique personnel. « Fukushima no go zone » était né. Ce travail au long cours allait durer six ans et nous a conduit à de multiples reprises dans la zone interdite de Fukushima. » Avec leur série de photographies Retracing our Steps, ils retracent l’évolution d’une région détruite qui cherche à se reconstruire. À voir pour se rendre compte, à travers leurs photographies documentaires, des effets que le nucléaire peut avoir sur notre monde !
Choix d’expo succinct il est vrai mais il me semble essentiel.

Niveau rentrée littéraire, je me suis cantonnée à la lecture de bandes dessinées qui ont été autant de leçons d’histoire, d’art et de vie.

Thomas Gilbert, extrait des "Filles de Salem", Dargaud, 2018 © Thomas Gilbert & Dargaud
Thomas Gilbert, extrait des « Filles de Salem », Dargaud, 2018 © Thomas Gilbert & Dargaud

Tout d’abord Les Filles de Salem. Comment nous avons condamné nos enfants de Thomas Gilbert qui vient de sortir chez Dargaud. Thomas Gilbert est un auteur de bandes dessinées français vivant à Bruxelles où il a fait ses études. Avec Les Filles de Salem, il s’attaque à un morceau de l’histoire américaine qui lui permet d’aborder divers sujets tels le sortir de l’enfance, le devenir femme, les superstitions, le rôle de la religion dans la société (j’allais dire de l’époque…), les manipulations de groupes, la peur et l’incompréhension de ce qui est différent, de ce qui n’est pas comme nous tout cela dans un contexte de paix/ guerre relative avec les indiens vivant à proximité… Les sorcières de Salem donc, cette chasse aux sorcières (et non pas aux sorciers) et leur procès est retracé par Thomas Gilbert en plusieurs chapitres : de l’entrée dans l’adolescence de l’héroïne de l’histoire, Abigaïl Hobbs avec le regard des hommes qui change et la réaction féminine de la communauté, qui consiste à cacher cette féminité naissante ; à la chute de toute une communauté dans la paranoïa et la recherche de sorcières forcément coupable du mauvais sort qui s’est abattu sur Salem village.
Les Filles de Salem. Comment nous avons condamné nos enfants est véritablement un livre actuel par les sujets qu’il aborde. Oui, cela se passe en 1692 et même si la religion a moins de pouvoir de nos jours et même si nous ne vivons plus dans une société moyenâgeuse clivante qui a peur de l’autre, en sommes-nous si éloignés ? Combien sont-ils à penser et dire que l’homme est le supérieur de la femme ? Combien sont-ils et sont-elles à dire que la femme doit faire attention à ce qu’elle dit , fait et comment elle s’habille parce qu’attention, il ne faudra pas qu’elle s’étonne s’il lui arrive quelque chose de mal ? (au passage, vous pouvez aller écouter ce moment Meurice particulièrement drôle mais néanmoins flippant) Tout ça pour dire, en 1692, des femmes, des sorcières, ont été pendues à Salem mais pourquoi ? Parce qu’elles étaient différentes ? Parce qu’elles pactisaient avec l’ennemi ? Parce que certains étaient jaloux ? Parce qu’il fallait un coupable à la disette ? Parce qu’il fallait se conforter aux préceptes chrétiens et qu’accuser quelqu’un de différent évite de se regarder et de se remettre en question ? Lisez ce livre parce qu’il est bien construit, parce que l’auteur nous entraîne dans une histoire passée et contemporaine tout à la fois (qui n’a pas dans son adolescence participé à une séance de spiritisme ou autre ?), parce qu’on en apprend plus sur une période de l’histoire, parce que, au fond, nous appartenons toutes à une même sororité (comment ça nous ne sommes pas dans la même galère ?) et nous sommes toutes un peu des sorcières… Qu’est-ce qu’une sorcière si ce n’est une femme qui a l’audace de s’affranchir du joug masculin ? Qu’est-ce qu’une sorcière si ce n’est une féministe donc ?

Catherine Meurisse, extrait des "Grands Espaces", Dargaud, 2018 © Catherine Meurisse & Dargaud
Catherine Meurisse, extrait des « Grands Espaces », Dargaud, 2018 © Catherine Meurisse & Dargaud

Autre lecture de ce mois de septembre, Les Grands espaces de Catherine Meurisse, bande dessinée qui, elle aussi, vient de paraître. Là, nous entrons dans « L’album de la maturité sur l’enfance. L’album sur l’enfance de la maturité. L’album de la maturenfance. Garanti sans glyphosate » comme Catherine Meurisse l’écrit sur son compte instagram. Catherine Meurisse est l’auteure de plusieurs bandes dessinées/ romans graphiques tels Moderne Olympia, Légèreté (sur l’après Charlie Hebdo), Scènes de la vie hormonale… Avec Les Grands espaces elle nous plonge dans son enfance à la campagne où elle vivait avec ses parents, sa sœur et un nain de jardin, compagnon qui la conseille sur l’entretien de son jardin et les choses de la vie. Ses parents, loin de la ville, écologistes convaincus, retapent une vieille bâtisse en pierre à la campagne et c’est là que naissent les premiers émois artistiques de l’auteure : à partir d’objets trouvés, des vieilles pierres, un morceau de statue qui leur font imaginer, avec sa sœur, un passé somptueux à cette terre sur laquelle elle vit. Mais surtout, elles créent un musée avec le résultat de leurs fouilles et trouvailles. Puis la jeune Catherine se voit allouer, par ses parents, un coin de terre dans leur jardin qu’elle va entretenir, à la française ou à l’anglaise ? Ce roman graphique est le parcours initiatique de l’auteure, son entrée dans la vie, ses influences, ses expériences, tout ce qui participe de son orientation, de ses inclinaisons, de ce qui va devenir ensuite son métier : dessinatrice, caricaturiste. Le tout est saupoudré d’émotions, de sincérité et d’une bonne dose d’humour. C’est aussi un livre sur le retour aux sources, sur la nature et son importance pour nos vies. À lire et à relier à l’envie, pour s’imprégner de nature, de remise en question de notre rapport à elle mais aussi pour s’imprégner d’art et de son rapport essentiel à la vie…

Cécile.
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La Chambre :
horaires d’ouverture :
mercredi – dimanche : 14h – 19h
fermé les jours fériés
Place d’Austerlitz, Strasbourg
entrée libre

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Thomas Gilbert, Les Filles de Salem. Comment nous avons condamné nos enfants. Dargaud, 2018
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Catherine Meurisse, Les Grands espaces. Dargaud, 2018

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