La Casa de Papel : retour sur une série à succès

Infiltrer la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre pour imprimer 2,4 milliards d’euros en moins de onze jours : le pari fou du Professeur et du reste de son équipe !
Álex Pina, réalisateur de la série espagnole « La Casa de Papel », nous fait découvrir ce braquage inédit à travers deux saisons. Diffusés entre le 2 mai 2017 et le 23 novembre 2017 en Espagne, les épisodes sont disponibles en France sur la plateforme Netflix depuis le 20 décembre 2017.

 

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Le Professeur devant sa maquette la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre donne ses instructions pour réaliser le casse du siècle ©La Casa de Papel.

 

Sergio Marquino alias Le Professeur réunit une équipe de huit délinquants pour braquer la Fabrique nationale de la monnaie à Madrid. En tant qu’idéaliste il souhaite qu’aucune goutte de sang ne soit versée. Il est difficile de caractériser ces malfaiteurs en tant que voleurs et de leur brosser un portrait totalement négatif car ils impriment leurs propres billets de banque et ne dérobent donc pas directement de l’argent. Cet acte s’identifie au mouvement des indignés (Indignados), des manifestants non violents qui se sont réunis à la Puerta del Sol à Madrid pendant l’été 2011. Ces derniers exprimaient notamment leur mécontentement concernant l’économie de leur pays, le chômage et l’austérité du gouvernement. Le plan du Professeur repose essentiellement sur la non-violence et il compte sur le soutien des civils espagnoles pour empêcher une intervention précipitée et brutale des policiers : tels les manifestants pacifistes, les braqueurs veulent attirer la sympathie.

 

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Le temps est précieux dans la Fabrique nationale de monnaie… Chaque seconde s’écoule au rythme des impressions de billets !
©Casa de Papel

 

Pour mener à bien ce projet, Le Professeur a fignolé son projet avec une minutie d’horloger : rien n’est laissé au hasard, il anticipe toutes les moindres actions et imprévus. Mais parviendra-t-il s’adapter aux approximations de son équipe ? Le temps est un facteur primordial : les braqueurs doivent rester suffisamment longtemps dans le bâtiment pour imprimer les billets sans dépasser la limite fixée par le Professeur au risque que les policiers interviennent et infiltrent de force la Fabrique nationale de monnaie.

 

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Sauriez-vous distinguer les otages des braqueurs ? Difficile de savoir qui se cache sous ces déguisements… ©Casa de Papel

 

Le professeur tient à ce que les identités des membres de son équipe restent secrètes, ainsi ils portent tous des noms de villes : Tokyo, Moscou, Berlin, Nairobi, Rio, Denver, Helsinki et Oslo. Mais son véritable coup de génie réside dans les costumes revêtus par les braqueurs… et les otages ! Portant tous les mêmes masques et les mêmes ensembles rouges, il est impossible de déterminer qui est qui ! C’est un véritable casse-tête pour l’inspectrice en charge de cette affaire, Raquel Murillo !

 

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Dalí s’amusait à tailler ses moustaches de diverses manières, celles qu’il porte sur le masque de la Casa de Papel sont des moustaches antennes. Il les avait ainsi entre 1950 et 1959 et elles pouvaient atteindre jusqu’à 25 cm.

 

Mais… à qui appartiennent ces belles moustaches ?  Le choix du masque est bien loin d’être anodin, il représente un artiste espagnol, Salvador Dalí (1904-1989), considéré comme l’un des pionniers du surréalisme et un artiste majeur du XXème siècle. Comme les braqueurs, Dalí adore l’argent et il est prêt à tout pour en acquérir. Il vante cette cupidité sans pudeur, allant jusqu’à prendre comme un compliment les paroles pleines de mépris d’André Breton le traitant d’ « Avida Dollars » (avide de dollars). Cet homme avare et mesquin éprouve en réalité une peur incontrôlable face à la misère et la maladie. Il est terrorisé à l’idée de mourir « seul, couvert de poux, sans argent » comme lui a annoncé son père lorsqu’il l’exclut de la demeure familiale. Dalí sait jouer avec son image, il aime attirer l’attention sur lui et se déguiser. Il est, en effet, difficile de dissocier Dalí de ses moustaches et de ses excentricités. Ainsi, le personnage qu’il se crée est tout aussi important que ses œuvres. Finalement, entre la réalité et le masque qu’il revêt il est complexe de cerner qui Dalí est réellement.

 

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Ce masque terrifiant, inspiré d’une tempera sur Carton d’Edvard Munch, ferait crier plus d’une personne…

 

Le masque de Dalí n’est pas le seul à être porté par les braqueurs, en effet, ils optent exceptionnellement pour un autre s’inspirant du « Cri » d’Edvard Munch (1863-1944). Cet artiste norvégien a été dès son plus jeune âge confronté à la mort et la maladie ce qui lui provoque de nombreux sentiments d’angoisse et des dépressions. Il manifeste un vif intérêt pour la représentation des émotions et notamment la douleur et l’anxiété. Le « Cri » fait partie d’une série intitulée « Frise de la vie ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas l’homme qui crie mais la nature qui l’entoure comme en témoigne son journal de 1892 « Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d’un coup le ciel devint rouge sang. Je m’arrêtai […] tremblant d’anxiété — je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et qui déchirait la nature ». Pour représenter ce personnage chauve et amaigri, Munch s’est surement inspiré des momies du peuple péruvien Chachapoya.

 

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Una mattina mi son alzato
Bella, ciao, bella, ciao, bella, ciao, ciao, ciao
Una mattina mi son alzato
Ho trovato l’invasor ♪

 

Bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao… ♪ Difficile de faire sortir ces paroles de sa tête après avoir visionné les épisodes de la Casa de Papel. Ce chant de révolte italien, écrit en 1944, célèbre les partisans combattant contre les troupes allemandes alliées de la République sociale italienne fasciste lors la Guerre civile italienne. Néanmoins, le refrain existait déjà en 1919, il avait été enregistré à New York par un musicien tzigane originaire d’Ukraine, Mishka Ziganoff. Quoi qu’il en soit, de nos jours, ce chant a connu un vif succès et il est devenu un hymne à la résistance. Ainsi, il rythme parfaitement le braquage du Professeur et son équipe : ils résistent à la pression et continuent d’imprimer les billets.

 

 

Cette série est captivante par son dynamisme, son scénario et ses personnages. Elle remet en question la vision que nous nous faisons du bien et du mal : sommes-nous censés détester les braqueurs ou nous y attacher ? Pouvons-nous haïr un otage alors qu’il est une victime de ce braquage ?

Elle apporte également une réflexion concernant la violence conjugale. En effet, l’inspectrice Raquel a été victime de coups infligés par son ex-mari. Bien qu’elle soit armée et représente la justice, elle est démunie face à cette situation. Étant donné que son ex-mari est également un policier, elle a du mal à persuader ses collègues qu’il puisse être violent. Les propos tenus par l’inspectrice définissent clairement ce qu’est la violence conjugale, la difficulté d’en parler et le silence qui entoure ces actes fortement condamnables.

Vous l’aurez compris, La Casa de Papel est une série que je vous conseille vivement de visionner. Elle mérite le succès qui lui a été attribué (malgré les reprises de « Bella Ciao », où nous retrouvons d’ailleurs les masques et tenus des braqueurs, qui sortent complètement de l’ambiance de cette série…).

Claire Chanty

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