King Kong Théorie & Marion Seclin : un duo qui ne mâche pas ses mots

kingkongtheorie

ENFIN ! C’est le premier mot qui m’est venu à l’esprit quand j’ai ouvert la première page de King Kong Théorie, de Virginie Despentes. J’avais hâte, vous n’imaginez même pas ! Il faut se le dire, quand tu commences à fourrer ton nez dans les bouquins, les conférences, les youtubeuses, les artistes qui parlent de féminisme, ce bouquin-là revient souvent à tes oreilles chatouiller ta curiosité, et bon il a quand même été publié en 2006 ! (#nevertoolate)

Le dernier déclic, (comprendre : celui ou je me suis dit « trop c’est trop, je vais de ce pas déterminé dans la librairie indépendante la plus proche pour me procurer ce nouveau p’tit pote »), c’est en écoutant l’avant-dernier épisode d’Un podcast à soi, podcast né d’un partenariat entre ArteRadio et le magazine Causette (dont je vous avais déjà parlé ici) et réalisé par Charlotte Bienaimé. Épisode passionnant s’il en est (bon, ok, TOUS les épisodes le sont !), intitulé : « Un autre homme est possible : les enjeux de la masculinité aujourd’hui », que je vous invite fortement à aller écouter pour le plus grand plaisir de vos oreilles, de votre cerveau, et disons-le franchement, de votre être tout entier ! Dans cet épisode, de nombreuses réflexions sont agrémentées d’extraits du livre King Kong Théorie, ce qui m’a permis, après en avoir entendu parler, d’en écouter des bribes, et d’être tout de suite intriguée par cette bombe littéraire, mi-essai, mi-manifeste mais aussi témoignage, coup de gueule, combien, ô combien, LIBÉRATEUR.

J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, les mal-baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires : je ne m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. Je n’échangerais ma place contre aucune autre, parce qu’être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n’importe quelle autre affaire. p.9.

Entrée en matière : check ! Au fil de la lecture, on se rend bien compte que cette introduction s’adresse à toutes les femmes, parce qu’on est toutes à un moment donné la tarée, la frigide, l’hystérique, la mal-baisée, la moche de quelqu’un, des critères en vogue de la société ou encore, bien (trop) souvent, de nous-mêmes.

Virginie Despentes vient ainsi décortiquer les retenues, les injustices, les incompréhensions et les différentes formes de domination que vivent les femmes, et les hommes aussi, par la même occasion. Les amateurs de « Castratrices! » et autres « Féminazi! » peuvent descendre de leurs grands étalons, il n’est pas question ici d’émasculer qui que ce soit.  L’auteure laisse libre court à sa réflexion en explorant plusieurs domaines, qu’ils soient de l’ordre de l’intime ou du public. Féminité, esthétisme, pornographie, sexualité, prostitution, viol : rien de passe à côté du radar de Virginie Despentes, et encore moins ce qui est considéré comme tabou. Histoire de bien mettre à nu le constructivisme social en matière de rapport hommes-femmes, mais aussi de dire merde, une bonne fois pour toutes,  aux injonctions à la féminité qui s’immiscent, s’insèrent, violemment ou subrepticement, de façon paradoxale voire carrément contradictoire, dans notre manière de vivre, de penser, de croire, d’agir et, n’oublions pas, de jouir (et pas dans le sens jouir de la vie, hein, soyons clair.e.s.).

Quand j’étais au RMI, je ne ressentais aucune honte d’être une exclue, juste de la colère. C’est pareil en tant que femme: je ne ressens pas la moindre honte de ne pas être une super bonne meuf. En revanche, je suis verte de rage qu’en tant que fille qui intéresse peu les hommes, on cherche sans cesse à me faire savoir que je ne devrais même pas être là. p.10.

Les titres des chapitres de King Kong Théorie donnent assez bien le ton et sont plutôt révélateurs de la transparence et de la détermination de l’auteure. C’est bien logique après tout, pourquoi prendre des pincettes pour parler de viol ou de sodomie puisque ce qu’on constate avec colère et frustration de leur traitement médiatique ou courant sont la langue de bois, l’hypocrisie, le flou (peu artistique), et autres relents bien pensants du bien et du mal, de la vertu et du vice.

Allez, je vous laisse méditer sur ces titres évocateurs qui, personnellement, m’ont encore davantage convaincue d’aller plus loin dans l’aventure Despentes :

Bad Lieutenantes – Je t’encule ou tu m’encules ? – Impossible de violer cette femme pleine de vices – Coucher avec l’ennemi – Porno sorcières – King Kong girl – Salut les filles

Quand on a pas ce qu’il faut pour se la péter, on est souvent plus créatif. Je suis plutôt King Kong que Kate Moss, comme fille. Je suis ce genre de femme qu’on épouse pas, avec qui on ne fait pas d’enfant, je parle de ma place de femme toujours trop tout ce qu’elle est, trop agressive, trop bruyante, trop grosse, trop brutale, trop hirsute, toujours trop virile, me dit-on. p.11.

Et puis, au fur et à mesure de ma lecture, les mots de Virginie Despentes ont fait résonner d’autres mots, sonores ceux-là, de Marion Seclin. Youtubeuse française connue sous le pseudo ellemady, elle fait ses marques avec le Studio Bagel puis notamment sur le site Madmoizelle, un site top qui a une toute autre approche des webzines dit « de filles » (allez jeter un coup d’œil, ça vaut le détour). Assez célèbre maintenant, elle s’affiche très tôt comme féministe ce qui lui vaut le « titre » de championne de France de cyber-harcèlement. Autrement dit, suite à sa vidéo « T’es féministe mais…tu suces? », elle se fait dégommer par ce qu’Internet a de plus abject. Ce à quoi elle répond avec brio dans une conférence TED. Je ne peux pas vous mettre ici toutes les vidéos qu’elles a réalisées, car il y en a beaucoup  dénonçant le sexisme ordinaire, le harcèlement, prônant l’acceptation du corps, abordant le syndrome de l’imposteur, etc. Ce seront donc quelques morceaux choisis que vous trouverez ci-dessous.

Si j’ai voulu faire ici cette petite rencontre croisée, c’est qu’en terme de féminisme (comme dans plein d’autres sujets), la littérature gagne aussi a être ancrée dans le concret de la réalité, qu’il lui faut des mots forts, vifs, crus. Des mots qui dérangent et qui nous secouent, toujours. À travers ces deux artistes, Virginie Despentes et Marion Seclin, ce sont deux voix qui se croisent, différentes mais porteuses de la même intensité, de la même franchise, qui, a mon sens, ont le mérite de nous secouer le cervelet et de faire avancer le schmilblick sans fioritures ni falbalas. À poil, quoi.

trop fuck
T-shirt Meuf Paris – Photographe : Silvere Koulouris – (https://www.meufparis.com/)

Léa

 

King Kong Théorie – Auteure : Virginie Despentes – Éditions Le Livre de Poche – 2006 – ISBN : 978-2-253-12211-1 – Prix : 6,10 euros

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s