Ventriloquies

J’ai longtemps hésité avant de choisir d’écrire à propos de Ventriloquies. Un OLNI (objet littéraire non identifié, cqfd.) à première vue. Une sorte de sidération littéraire, un récit qui nous subjugue mais qu’en cours de lecture on se dit « mais pardi (oui, oui!), je n’y comprends rien! », un de ceux dont l’écriture nous transporte tellement que le sens se brouille, et qu’il faut relire une deuxième fois ce dont la beauté du texte nous a distrait, mais dont on ne peut manquer la réflexion sous aucun prétexte.

Approchons-nous un peu, et commençons par le début : il s’agit d’une correspondance publiée aux excellentes Éditions Leméac entre Martine Delvaux , femme de lettres québécoise, professeure de littérature à l’Université du Québec à Montréal, essayiste et romancière (dont je vous avais parlé dans cet article) et Catherine Mavrikakis, écrivaine et essayiste québécoise, professeure au département des littératures de langue française de l’Université de Montréal, auteure que j’ai découverte l’an passé avec l’excellent roman Oscar de Profundis.

Ventriloquies

Pour l’OLNI vous allez me dire, une correspondance, on repassera ! Alors qu’est-ce qui a bien pu m’échapper à ce point dans cette lecture qui m’a, pourtant, totalement happée ?

Est-ce la pureté de l’écriture, la maîtrise de la langue, cet enchaînement virtuose de mots qui coulent, frappent et caressent tant et si bien qu’on ne sait plus qui, de Martine ou de Catherine, les manient ?

Est-ce la réflexion poétique quasi organique autour de la maternité, de l’avortement, de l’identité féminine toujours en opposition avec elle-même, qui nous échappe davantage au fur et à mesure que les deux auteures en aiguisent les contours ?

Est-ce la dualité du combat mère-fille, du perpétuel affrontement, question de vie ou de mort, entre deux générations de femmes dont l’une a donné vie à l’autre, du chaud-froid contrasté, de l’amour-haine, de la servitude ancestrale de deux femmes qui s’aiment d’une intensité à ne vouloir rien d’autre que de s’émanciper l’une de l’autre ?

Est-ce la fascination pour ce titre qui se savoure en bouche, qu’on répèterait en boucle en le faisant claquer sous la langue, en le prononçant maintes fois pour espérer en comprendre tous les sens, directs et sous-entendus, de cet échange quasi lyrique et pourtant si cru parfois, qui en un seul mot uni avec le brio de ces deux techniciennes de la langue, le réel et la poésie ?

Je crois que nous sommes face à une énigme, un mystère de mots qui restent entiers, et c’est pourquoi, il FAUT le lire.

L’écriture est affaire de ventre car le ventre des femmes reste le lieu de toute transmission, celle de la vie autant que celle de la mort.

Je m’arrêterai bien là mais juste pour le plaisir des lectures croisées, lisez Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras, avant ou après, ça n’a pas d’importance, et poursuivez la subjugation littéraire 😉

Bel été sur Grammartical !

Un barrage conter le Pacifique - M.Duras

 

Notice bibliographique : Ventriloquies
Martine Delvaux et Catherine Mavrikakis
MAISON D’ÉDITION : Éditions Leméac
ISBN : 978-2-76096-506-5
DATE DE PARUTION : octobre 2003
PRIX ET NOMBRE DE PAGES : 17,95 $ – 192 p.

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