« The Handmaid’s Tale », béni soit le fruit

Lété passé, j’ai eu l’occasion de voir la série The Handmaid’s Tale tirée du livre éponyme de Margaret Atwood, auteure canadienne. Elle écrivit cette histoire d’anticipation en 1985, avant la chute du mur de Berlin et donc pendant un contexte politique international particulier, ce n’est plus vraiment la guerre froide, mais elle n’est pas encore finie… La Servante écarlate, je l’avais lu il y a une quinzaine d’années, la série m’a retourné, et, suite au visionnage des 10 épisodes que composaient ce qui devait être à l’origine une mini-série, j’ai recommencé la lecture de ce livre… Et là, en ce moment la seconde saison débute, saison qui n’était pas prévue à l’origine…

"La servante écarlate" de Margaret Atwood
« La servante écarlate » de Margaret Atwood

La Servante écarlate décrit un monde, notre monde, en guerre… Dans la série, comme dans le livre, les informations arrivent au fur et à mesure. Nous suivons le quotidien de Defred, jeune femme blonde vêtue d’une robe rouge qui, pour sortir, ajoute aussi un chapeau blanc, des œillères empêchant de voir son visage et limitant aussi son champ de vision. Son quotidien, dans la maison d’un Commandant et de son épouse, est émaillé des réminiscences de sa vie passée et des étapes qui l’ont menée à se retrouver au service de ce couple pour leur permettre d’enfanter. Parce que c’est là, le nœud du problème : le monde dans lequel Defred vit est un monde où la natalité a chuté, presque plus aucune femme ne peut enfanter, il y a de plus en plus de stérilité. Pourquoi ? La pollution, la corruption, le pêché sont en cause.

 

« A ce moment-là elle ne chantait plus, elle faisait des discours. Elle avait du talent. Ses discours traitaient du caractère sacré du foyer, du fait que les femmes devraient rester à la maison. Serena Joy elle-même n’en faisait rien, elle prononçait ses discours, mais elle présentait ce manquement à ses principes comme un sacrifice qu’elle consentait pour le bien de tous. » (La Servante écarlate, édition Robert Laffon, 2017, p.81)

Margaret Atwood, avec La Servante écarlate, nous plonge dans un univers post-apocalyptique où le pouvoir est détenu par des hommes dont la religion, les croyances sont sensément au centre de leurs préoccupations, et c’est cette même religion, monothéiste, chrétienne qui régit la société qu’ils ont créé. Ici, il n’y a plus de femmes au pouvoir, plus de femmes qui étudient autre chose que les sainte écritures et la façon de bien se conduire, pardon, si, il reste des femmes qui, en totale soumission au patriarcat, forment les plus jeunes à la poursuite d’un idéal : être soumises, enfanter pour le bien-être commun. « L’ordinaire, disait Tante Lydia, c’est ce à quoi vous êtes habituées. Ceci peut ne pas vous paraître ordinaire maintenant, mais cela le deviendra après un temps. Cela deviendra ordinaire. » (p.65)

Extrait de "The Handmaid's Tale", la série
Extrait de « The Handmaid’s Tale », la série

Je ne sais pas quoi vous conseiller de faire entre lire ce livre où regarder à la série. Je suis toujours partie du principe que rares étaient les adaptations de livres à être fidèles à leur support d’origine, parce que j’ai souvent été déçue… Même s’il y a toujours des exceptions. Là, on est face à un livre dense, à l’univers extrêmement bien construit qui est adapté dans une mini-série qui, elle aussi, est bien composée, remarquablement interprétée et fidèle à l’écrit de Margaret Atwood.

Le livre se passe peu de temps après 1985, année d’écriture, la série quant à elle se déroule peu de temps après maintenant et intègre donc les particularités de notre monde que sont internet, les réseaux sociaux, etc. On pourrait se dire, qu’à l’heure actuelle, savoir si une femme ou un homme est stérile, c’est facile avec les tests et donc pourquoi ne pas les utiliser dans la série ? Cependant, que ce soit dans les années 80 ou maintenant, la société théocratique dans laquelle évoluent Defred et les « maîtres » chez qui elle vit est cohérente : la chute de natalité est un signe de Dieu que nous avons fauté, que le monde ne tourne pas comme il devrait, que la liberté de faire du sexe en dehors des liens du mariage ne devrait pas avoir lieu, que les femmes doivent rester à la maison et se soumettre au pouvoir masculin, que le retour à la nature est la seule réponse possible à la chute du monde… Donc avec toutes ces données, la technologie disponible ne peut pas être utilisée, et puis, la stérilité, la chute de la natalité, ce n’est pas un problème masculin, hein ?

Extrait de "The Handmaid's Tale", la série
Extrait de « The Handmaid’s Tale », la série

J’ai commencé en disant que je ne savais pas quoi vous conseiller mais en fait, si vous le pouvez, faites les deux : ne faites pas l’impasse de la lecture de La Servante écarlate et regardez cette série parce qu’il ne faut pas oublier que ce qui est raconté là peut se produire et qu’en aucun cas ce ne serait une bonne chose de perdre les droits pour lesquels d’autres que nous, avant, se sont battues. Les dérives totalitaires sont possibles, c’est à nous de nous battre pour qu’elles ne voient pas le jours. Pour moi maintenant, il reste une chose essentielle à faire : découvrir cette saison 2, imprévue, suite du livre qui a été écrite en collaboration avec Margaret Atwood, auteure canadienne à découvrir de toute urgence si ce n’est pas déjà le cas.

Cécile R.

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+ d’infos par là:

Bande annonce de la saison 1.

Bande annonce de la saison 2.

Une réflexion au sujet de « « The Handmaid’s Tale », béni soit le fruit »

  1. Cela m’arrive rarement, mais j’ai trouvé la série bien plus « puissante » que le livre. Peut être parce que le style d’Atwood est extrêmement concis, sans fioritures ni détails inutiles (concrètement, y’a rien à ajouter, rien à enlever, pas même une virgule). Ou alors, c’est tout simplement que j’ai découvert la série en premier et que l’interprétation d’Elisabeth Moss m’a littéralement soufflée (pourtant, on partait de loin, je la supportais pas dans Mad Men). Dans tous les cas, le roman comme son adaptation valent le détour, c’est rare ce genre d’œuvres qui te balance 17 uppercuts dans l’estomac sans préavis ni sommation.

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