« Vodou au féminin » immersion en terre Vodou à travers les multi-facettes de la féminité

Le Château Vodou est un lieu plein de mystères et de secrets… Il y renferme des œuvres et objets insolites provenant du Ghana, Bénin, Togo et Nigeria : une collection unique au monde ! Actuellement, l’exposition « Vodou au féminin. Des mythes originels aux femmes d’aujourd’hui en Afrique de l’Ouest » offre une belle opportunité de découvrir des objets vodous habituellement cachés dans les réserves. Tristan et Claire vous en propose un aperçu… (article à deux mains)

Lors des cérémonies Gèlèdés on danse et on joue du théâtre comique tout en portant des costumes et des masques ©Château Musée Vodou
Lors des cérémonies Gèlèdés on danse et on joue du théâtre comique tout en portant des costumes et des masques ©Château Musée Vodou

Tristan :

C’était une soirée que je m’étais réservée sans attentes particulières, vernissage de l’exposition temporaire du Vodou, un musée qui m’intriguait vaguement sans que je n’y aie jamais mis les pieds. À deux minutes de chez moi, quartier de la gare, je m’y suis rendu avec un mélange d’appréhension et de curiosité. C’est que, le Vodou, pour mon imagination gavée aux films de zombies et autres nanardiseries, ça collait plus à un mauvais film d’horreur qu’à une visite de musée ! Pourtant, en passant les portes du Château Vodou, c’est une foule de visiteurs curieux qui se pressent pour cette première, des guides nous accueillant avec de grands sourires et serrant les mains d’afficionados du lieu. Timidement, je m’avance donc, je pose un pas sur la terre du surnaturel.

Les prêtresses ont la délicate mission de transmettre une fois par an aux Asen, symboles des esprits des défunts, les offrandes. Ainsi, elles permettent de perpétuer leur mémoire. Photographie : Collection Arbogast, Asen, stèle funéraire portative ©Château Musée Vodou
Les prêtresses ont la délicate mission de transmettre une fois par an aux Asen, symboles des esprits des défunts, les offrandes. Ainsi, elles permettent de perpétuer leur mémoire. Photographie : Collection Arbogast, Asen, stèle funéraire portative ©Château Musée Vodou

Claire :

J’avais beaucoup entendu parler de cette exposition sur les réseaux sociaux et j’étais très curieuse et impatiente à l’idée de la découvrir. L’entrée du musée offre une immersion totale dans l’univers Vodou. Mon regard avait du mal à se stabiliser tant il y avait d’éléments à découvrir. L’éclairage met tout particulièrement en valeur les objets exposés.  Par ailleurs, l’accrochage thématique permet de mettre en évidence les différentes facettes de la féminité en Afrique de l’Ouest, et laissez-moi vous dire que les femmes y jouent un rôle majeur ! Elles participent activement à divers rituels liés aux étapes de la vie.

Tristan :

Je ne fais pas trois mètres avant de rebrousser chemin. Tout ici est du domaine de l’étrange, tellement éloigné de ma culture française et chrétienne que j’ai l’impression de manquer toute la symbolique derrière ces étranges statues de bois, de métal et de plastique, mêlé, ornées de chaînes et de mégots de cigarettes… J’interpelle donc le personnel du musée.

“Bonjour, vous n’auriez pas un audio-guide s’il vous plait ?”

“Un audio-guide ? Bah ! Laissez tomber, je vais vous chercher notre meilleure guide, elle va tout vous expliquer !”

Et effectivement, on m’expliqua tout. Je vous recommande chaudement la visite guidée de ce musée : bien que des plaques explicatives soient apposées ça et là, le personnel est vraiment compétent et passionné par le sujet. J’appris d’ailleurs un peu plus tard que toute l’équipe a récemment effectué un voyage au Bénin afin de s’immerger davantage encore dans cette culture si étonnante, afin de travailler sur l’exposition Vodou au féminin.

Rapidement, un groupe de curieux se forme autour de ma guide, qui passe d’une statue à l’autre en nous expliquant le rôle des femmes dans la culture Vodou.

La vie d’une femme est marquée par de nombreuses étapes, la maternité et la naissance s’accompagnent de nombreux rites chez les Vodous…  ©Photographie : Château Musée Vodou
La vie d’une femme est marquée par de nombreuses étapes, la maternité et la naissance s’accompagnent de nombreux rites chez les Vodous… ©Photographie : Château Musée Vodou

Claire :

L’exposition regorge de panneaux explicatifs tous plus passionnants les uns que les autres. Mais il n’est pas toujours évident de cerner avec exactitude tous les propos car la religion vodou invite à changer notre vision du monde, ce qui peut s’avérer assez déstabilisant. Certains éléments m’ont tout particulièrement intriguée, comme le déroulement de la grossesse d’une femme et la naissance de son enfant. Plusieurs rites accompagnent la femme dans cette étape dangereuse de sa vie. Lors des menstruations les ancêtres et les vodous entrent dans le corps de la future mère afin de pouvoir naître avec l’enfant. Le souffle du vodou Aguin est primordial, car il insuffle la vie et évite la mort prématurée du nourrisson. Tout au long de la grossesse, la femme consulte Fa, une divinité majeure du panthéon vodou, pour assurer sa protection et celle de son futur enfant. Elle doit également suivre un régime strict, comme ne pas manger d’escargots car leurs coquilles isolent les fétiches des bons sorts…
Une fois l’enfant né, la mère doit rester isolée avec son bébé pendant sept à seize jours. Puis, lors du « djoto », la mère découvre quel ancêtre est incarné dans le corps de son enfant et son nom est proclamé.

La naissance de jumeaux est un événement primordial ©Photographie : Château Musée Vodou
La naissance de jumeaux est un événement primordial ©Photographie : Château Musée Vodou

Tristan :

On me présente des dizaines de petites statuettes doubles, représentant des jumeaux. Ces derniers ont une place importante dans le panthéon Vodou, à la fois craints et respectés. Qu’ils soient vivants ou morts, leur place est proche de la divinité, et toute famille en ayant compté parmi ses ancêtres se doit de leur offrir des offrandes. Une mauvaise action envers des jumeaux de sa propre famille peut-être terrible, car ces derniers peuvent vous “saisir” au ventre, c’est à dire vous causer de graves troubles intestinaux.

Les jumeaux sont même considérés comme supérieurs aux Lwas, les esprits ou divinités inférieures ! Voilà qui explique le nombre impressionnant de ces petites statuettes…

De nombreuses statues possèdent un récipient contenant des mégots de cigarettes. Je m’interroge un moment, persuadé en bon européen que ces déchets signent une violation et une dégradation de la religion, quand on m’affirme le contraire.

“Les statues fument. On leur offre une cigarette et on l’allume, c’est une offrande.“

Des dieux qui fument… ce qui représente un vice dans ma culture change brusquement de visage ici. Perplexe, je continue de me délaisser de mes a priori en suivant le pas de ma guide, qui ne cesse de désigner de nouvelles œuvres tout en déballant un flot d’informations, que je ne retiendrai pas entièrement. “Il faudra que je revienne”, me dis-je.

Collection Arbogast, “Gambada”, Togo, bois, céramique, métal, mégots de cigarettes, tissu, matières sacrificielles ©Photographie : Château Musée Vodou
Collection Arbogast, “Gambada”, Togo, bois, céramique, métal, mégots de cigarettes, tissu, matières sacrificielles ©Photographie : Château Musée Vodou

Claire :

Gambada est l’une des divinités qui m’a le plus étonnée et marquée ! Considérée comme la mère des vodous, elle possède une force extraordinaire. C’est pourquoi elle est sollicitée pour aider les femmes stériles, soigner les maladies mentales et même pour empêcher les adversaires de marquer des buts au foot ! Mais son pouvoir le plus surprenant est lié à un sifflet magique (ou une flûte)… Si on siffle dedans en prononçant le nom de l’être aimé, il tombera immédiatement sous notre charme ! Pour remercier les vodous des offrandes sont de rigueur, Gambada apprécie de recevoir des cigarettes, tandis que d’autres divinités préfèrent le Gin.

 

Tristan :

Seule une petite partie de l’exposition est visible lors de mon passage pour le vernissage : nous enchaînons donc avec une petite conférence d’ouverture, tenue par le possesseur de la collection, un passionné parmi les passionnés, initié au vodou. Quelques experts en la matière étaient invités, venus du Bénin pour certains, qui tiendront dans les semaines suivantes d’autres conférences thématiques (malheureusement, elles sont déjà passées, mais d’autres restent à venir, jetez un œil à la fin de l’article pour en savoir plus !).

J’écoute d’une oreille distraite les remerciements et autres banalités d’ouverture d’exposition, mon esprit accaparé par la magie du lieu dans lequel je me trouve. L’exposition m’avait déjà fortement impressionné, me voici à présent au dernier étage du château, une salle gardée par six armures impressionnantes, couvertes de chaînes et de crânes (et de sang séché, me dira-t-on). Il s’agit de costumes portés par des initiés du culte Oro. Ces initiés, qui ne sortent que la nuit, font régner l’ordre social dans des villages, ils appartiennent donc à une population qu’on peut voir comme guerrière. Il paraît que les personnes qui ne leur obéissent pas peuvent être condamnées à mort, ils sont donc très respectés ! Ce qui est particulièrement intéressant avec ces objets, c’est qu’ils concentrent des éléments très puissants, voire menaçants, qu’on peut rencontrer sur d’autres fétiches. Ainsi les os, jumeaux, miroirs, et lames de rasoir ne sont pas simplement décoratifs…

Au sommet des murs de la salle de conférence, une phrase marque mon imagination : “Que celui qui est poursuivi par les egungun prenne courage, les créatures du ciel se fatiguent de la même façon que les humains…”

Cette sentence, emplie à la fois d’espoir et de mise en garde, évoquant toute la spiritualité faite de malédictions et de respect des esprits, mais également toute la force de vie bienveillante du Vodun, m’a paru résumer mon impression quant à cette visite.

Mais, c’est quoi donc, un egungun ? Il s’agit d’esprits défunts, un peu comme nos fantômes. Lors de certaines cérémonies, ils sont invoqués par le biais de robes spécialement conçues. Je ne m’aventurerai pas davantage sur le sujet, de peur d’en dire des bêtises, il vous faudra aller poser la question directement aux guides du musée…

Alors que la conférence prend fin, je songe à m’en aller, faisant avant tout le plein de petits fours. Vous savez, ces petits fours, je leur dois beaucoup, car c’est à l’occasion de cette razzia de nourriture que j’ai pu rencontrer Denis Leroy, ami proche de Marc Arbogast (le fondateur du musée) et également président de l’association des Amis du Château Vodou. Le bonhomme, affable, m’explique que “moi, j’y connais pas grand chose en vodou, je suis plutôt terre à terre, c’est davantage la passion de Marc qui me passionne moi-même”, avant d’ajouter une palanquée de détails incroyables sur leur précédente visite du Bénin et d’anecdotes quant au musée lui-même. Pour quelqu’un qui n’y connaissait rien, la discussion était passionnante ! “Quand on dit à un blanc qu’un manzato marche sur l’eau, bêtement, il demande : mais comment ça fonctionne ? Au Bénin, on s’en fout de comment ça fonctionne : ça marche sur l’eau, et c’est tout ! C’est magique, t’as pas besoin de comprendre.”

je ne comprends ni ce qu’est un manzato ni comment il est possible de ne pas se poser de question à ce sujet, mais je veux bien le croire sur parole : nos deux cultures semblent trop opposées pour que cela m’étonne.

Puis, de fil en aiguille, voilà que Denis m’entraîne en toute discrétion dans les salles fermées au public du musée, pour une visite rapide dans la pénombre ! Sans la lumière électrique, les masques et les statues prennent une dimension d’autant plus sacrée, presque inquiétante, fascinante.

“ça, c’est un ferme ta gueule.”, dit-il en me désignant un crâne de canard dont le bec est scellé par un cadenas. “Si quelqu’un médit sur toi, tu en fais fabriquer un, par un prêtre, à son intention. Ça va le calmer !»

“Le vodou, c’est une religion encore vivante, y a 200 millions de personnes qui y croient dans le monde !”

“Le musée d’Orsay tuerait pour avoir accès à notre collection.”

À un moment, je cherche un peu la petite bête.

– Et niveau appropriation culturelle… ça les emmerde pas, les initiés Vodou, que vous stockiez tous ces objets ?”

– Alors oui, il y a des gens qui nous ont accusés de ça. Ils n’ont rien compris. Un objet sacré vodou, soit il est actif, soit il est endormi. Tout ce qu’on a ici est endormi. Ce n’est pas juste des statues, pour eux : elles abritent des esprits, et tant qu’elles ont une raison d’être, il faut les nourrir, généralement avec du sang de poulet, ce genre de choses. Mais une fois que la famille qui les vénère a disparu, par exemple, ou qu’elle n’a plus d’utilité, l’objet s’endort. Ça redevient un bête objet.

– Mais ils ne les conservent pas ?

– Pas du tout ! Ils les jettent. On les trouve dans les poubelles.”

J’hallucine totalement face à cette différence vis-à-vis de notre propre tendance à conserver éternellement nos reliques sacrées. J’imagine un prêtre jeter des croix sous prétexte qu’elle n’a plus d’utilité.

– De toute façon, ajoute-t-il, avec tous les experts du Vodou qui passent dans le coin et qui sont amis avec Marc, s’il y avait un objet éveillé parmi eux, tu peux croire qu’on le saurait ! Marc a toujours dit que si c’était le cas, il s’engageait à le rendre aux propriétaires. Et puis, on la lui fait pas, il s’y connaît. Quand il cherche à en acquérir, il sait précisément ce qu’il achète. Pas question de déconner avec les esprits !”

Notre visite informelle se termine par un tour dans la réserve “il y a beaucoup d’objets ici, je ne sais pas si on les exposera un jour”, puis un passage devant l’esprit du musé, Kelessi, seul objet éveillé. Cette divinité protège le musée et ses collections, mais n’aime pas être délaissée… c’est pourquoi à ses côtés trône son mari, présent pour tempérer ses ardeurs. En lui offrant du gin, le visiteur peut lui demander de réaliser un souhait…

Claire :

En arrivant à la fin de l’exposition, j’étais très surprise en lisant l’heure : je n’avais pas vu le temps passer ! Bien que l’exposition soit située uniquement au rez-de-chaussée, elle est très dense. Je vous invite à regarder attentivement les détails des fétiches, ils sont parfois constitués d’éléments très … étonnamment courants (des tissus, des chaînes, des cadenas, des branchages…). Il est également important de laisser nos a priori et nos préjugés concernant le vodou à l’extérieur du musée : et non, le Vodou ce n’est uniquement des petites poupées en tissu autour de laquelle on a enroulé une mèche de cheveux avant de les piquer avec une aiguille ! Lancer des sorts est une pratique courante du vodou, mais c’est un art bien plus subtil qu’on ne le pense… N’hésitez pas à visiter également l’exposition temporaire pour obtenir davantage d’informations et découvrir des objets tous plus surprenants les uns que les autres !
Les événements à ne pas manquer :

Samedi 12 mai à 14h30 atelier enfant “Hybridation fétiches”

Samedi 19 mai de 18h30 à 23h30 Nuit européenne des Musées

Mardi 16 octobre à 18h table ronde sur “Les mutilations sexuelles : le poids de la tradition ?”

Dimanche 21 octobre à 14h30 visite guidée de l’exposition

Si vous souhaitez avoir davantage d’informations vous pouvez consulter :

Le site officiel du Musée Vodou (http://www.chateau-vodou.com/fr/chateau-musee-vodou-strasbourg/)

La page facebook du Musée Vodou (https://www.facebook.com/ChateauVodou/)

Le profil instagram du Musée Vodou (https://www.instagram.com/explore/locations/1962209607329399/musee-vodou/ )

Tristan & Claire.

Une réflexion au sujet de « « Vodou au féminin » immersion en terre Vodou à travers les multi-facettes de la féminité »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s