Évasion photographique au musée Unterlinden

Jusqu’au 14 mai, le musée Unterlinden présente une exposition rétrospective des œuvres du photographe Adolphe Braun (1812-1877). A travers plus de deux-cent photographies et une vingtaine d’œuvres d’artistes reconnus, l’exposition se présente tout du long comme une interaction entre le travail de Braun et les arts figurés, face à une industrie photographique commerciale en développement, et une quête de reconnaissance artistique.

La visite permet également d’aborder les différentes thématiques chères au photographe et avec lesquelles il développa ses compétences techniques et artistiques; tout mettant en avant les diverses applications de la photographie, à la fois commerciale, modèle, image de divertissement et de mémoire.

Plus d’une dizaine de thèmes ont ainsi accompagné Adolphe Braun tout au long de sa carrière photographique, et permettent de mettre en évidence la passion qui l’animait.

Un goût du détail et de la composition

L’exposition démarre ainsi avec ce qui marqua le début de la carrière d’Adolphe Braun : les motifs floraux et leur application à l’industrie textile. Cette partie permet de rappeler l’origine mulhousienne du photographe, qui céda le crayon pour la photo au début des années 1850 avec le procédé du collodion humide; ce qui lui valu une première reconnaissance à l’exposition universelle de 1855.

Si Braun trouva au départ une application industrielle à la photographie, il apparaît évident que son sens du détail et de la composition le poussèrent à l’envisager comme un art à part entière. En témoigne notamment ses panoplies de gibiers similaires à des nature-mortes. Mais quelle légitimité alors de la photographie face à la peinture ? C’est bien là aussi une question que semble se poser le public de l’époque, face à des tirages aussi couteux qu’une peinture de maître.

Vue de l'exposition, "Fleurs photographiées" - L'évasion photographie, Adolphe Braun - Musée Unterlinden Colmar
« Fleurs photographiées (1851-1854) », vue de l’exposition: L’évasion photographie, Adolphe Braun – Colmar Musée Unterlinden – 2018

La photographie, une image intermédiaire

Braun envisagea aussi la photographie comme un média pour voyager. Avec l’invention de la stéréoscopie, qui permit de donner un effet tridimensionnel à la photographie en utilisant des lunettes spéciales, voilà chose faite. Dans l’exposition, le visiteur aura par ailleurs l’occasion de se rendre compte par lui-même de l’effet rendu, à l’aide de petites lunettes mises à a sa disposition.

Autre chapitre de son parcours photographique, les portraits d’animaux. Des chevaux, des vaches, dont les poses laissent à penser qu’elles aient pu servir de modèles à des peintres en quête de sujets immobiles. Ce fût le cas semble-t-il de Rosa Bonheur, qui pour certains de ses tableaux, se serait servie des photographies réalisées par Adolphe Braun.

De l’amour de l’Alsace, aux expéditions photographiques

L’Alsace ensuite, avec ses paysages, ses ruines et monuments emblématiques, accappara Braun au point qu’il confectionne un album lui étant entièrement consacré : l’Alsace photographiée (1858-1859). En offrant quelques-unes de ses planches à Napoléon III, il obtint une certaine reconnaissance en gagnant le titre de photographe de sa majesté l’empereur, mais l’entreprise subit encore un échec commerciale. C’est pourtant après cette série que son travail fut réellement mis en lumière.

"L'Alsace photographiée", vue de l'exposition : L'évasion photographique Adolphe Braun - Colmar Musée Unterlinden
« L’Alsace photographiée », vue de l’exposition : L’évasion photographique Adolphe Braun – Colmar Musée Unterlinden – 2018

Et le succès, il commença à le connaître avec des portraits de suissesses en costumes traditionnelles (1869) formant des tableaux vivants, ainsi qu’avec ses photographies de montagne qui impressionnèrent le public. La photographie se développa ainsi comme un outil commercial tout en répondant à un tourisme alpestre en expansion. L’exposition se trouve là le mérite de mettre en avant tous les moyens mis en œuvre par le photographe et ses opérateurs pour prendre des clichés toujours plus impressionnants. Des quêtes de paysages, qui se transformaient ainsi en de véritables expéditions. Dans le même ordre d’idée, Braun proposa aussi des vues panoramiques, grâce à un appareil inventé en 1862 par Johnson et Harrisson.

C’est de la même manière qu’agissent les vues d’Egypte, alors qu’il fut invité pour couvrir l’inauguration du Canal de Suez. Les photographies prises par son fils Gaston et son opérateur témoignent des paysages chauds, de l’architecture du Caire et du delta du Nil. Un témoignage photographique, qui permit par exemple à Eugène Fromentin, de réaliser quelques-unes de ses peintures à son retour en France.

La photographie au service de l’histoire et de l’art

Mais l’idée de témoignage ou de mémoire, intervient encore plus particulièrement dans le deux dernières sections de l’exposition, au sujet de la guerre et de ses destructions, mais plus encore peut-être avec des reproductions d’œuvres d’art. Une partie des plus intéressante concernant l’histoire de l’art et son enseignement. Avec l’utilisation du tirage au charbon avec adjonction de pigments colorés, Adophe Braun eu les moyens de proposer des photographies fortes de contraste, et ne faiblissant pas en intensité.

"reproduction d'oeuvres d'art", vue de l'exposition : L'évasion photographique, Adolphe Braun - Colmar Musée Unterlinden
« le musée imaginaire », vue de l’exposition : L’évasion photographique, Adolphe Braun – Colmar Musée Unterlinden – 2018

Un travail de reproduction, permettant entre autre de témoigner de l’état des œuvres à l’époque, ou même plus encore, qui témoignent d’œuvres disparus comme le cas de la Fabiola de Jean-Jacques Henner exposée au Salon de 1885. La maison Braun est ainsi à l’origine de grands chantiers photographiques de reproductions d’œuvres, avec par exemple une exclusivité de 30 ans au Louvre comme photographe officiel, ou bien encore en ayant lancé la première campagne photographique du plafond de la chapelle Sixtine entre 1868 et 1869 devenant photographe officiel du Pape. L’art devint ainsi accessible, et son enseignement facilité.


Cette exposition qui a d’abord été conçue par le département de photographie du Stadtmuseum de Munich, a été repensé à Colmar au musée Unterlinden sous le commissariat de Raphaël Mariani, afin de mettre en avant le fond de photographies de Braun, contenant notamment des plaques de verres conservées par le musée.

La scénographie proposée ; en plus de mettre en avant le travail mené par Adolphe Braun et ses fils, et de reconnaître leur implication dans l’histoire de la photographie et de ses innovations ; met en lumière l’un des grand questionnement de l’histoire de l’art au XIXe siècle sur la place de la photographie et de sa légitimité. En mettant ainsi les œuvres de la maison Braun, en regard de peintures de Monet, Courbet, Fromentin, ou bien des gravures de Rothmuller, c’est la fonction même de la photographie qui est interrogée, ainsi que son intime proximité avec les artistes et leur public. L’art de la photographie se dévoile donc au visiteur, en se montrant tour à tour intermédiaire, modèle, ou substitut.

Une exposition à voir ou à revoir pour se projeter dans l’univers du photographe et l’impressionnant éventail de sujets qu’il proposa!


  • 22 avril + 6 mai à 11h : visite guidée de l’exposition

Fin de l’exposition : 14 mai 2018

 

 

Margot Fache

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