Mars : Le panier de culture de Lucie

Mars et ses giboulets… Prout prout cadet ?
Je suis nulle en poésie, désolée. Pas la patience.
C’est dommage d’ailleurs car je suis d’humeur poétique en ce moment. Je suis à la recherche autour de moi de la Bôôté (pour ceux qui ont pas la ref, c’est ici). Mais pas de la Bôôté simple. Je la recherche plutôt acidulée. Ou douce-amère. Oui douce-amère, c’est bien ça.

Dans mon beau panier poétique doux-amer il y a deux œuvres coup de coeur :
– From Here I Saw What Happened and I Cried de Carrie Mae Weems

Découverte il y a quelques semaines dans une salle du Tate Modern (oui je me la pète depuis que je vis en Angleterre), la série photographique de l’artiste américaine Carrie Mae Weems ne laisse personne indifférent. 31 œuvres rouge sang se propageant sur les quatre murs de la salle du musée avec une rigueur scientifique, cela attire forcément l’œil.

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YOU BECOME A SCIENTIFIC PROFILE, From Here I Saw What Happened and I Cried, 1995,        Copyright: http://carriemaeweems.net/

Dans chaque cadre, une photographie. Photographies des esclaves du Sud des États-Unis, photographies d’afro-américains à l’orée du XXe siècle, daguerréotypes de naturalistes qui avaient pour mission au milieu du XIXe de corréler visuellement les théories d’infériorité de la race africaine… L’artiste s’est appropriée ces images, celles de son histoire, les a agrandies, modifiées, colorées. Leur a assigné des mots. Des mots durs et cruels, les sous-entendus de ceux qui photographiaient. Weems nous fait prendre conscience de la destinée de ces photographies, celle d’asseoir une domination, du regard du blanc sur le noir, et de manière générale et historique, le rôle clé de la photographie dans la justification du racisme et des ségrégations sociales et raciales. Elle offre aujourd’hui à ces sujets une voix et une humanité.

31 œuvres rouges sang. La série débute et se termine par la même photographie de femme africaine colorée en bleu, celle qui regarde. Et cette phrase : FROM HERE I SAW WHAT HAPPENED AND I CRIED…

Yes, darling, I cried…

Beauty Warriors, 2017, Evija Laivina

Autre série photographique à découvrir de toute urgence, Beauty Warriors de l’artiste lettone Evija Laivina. Des femmes posant simplement devant l’objectif avec des produits de bôôté. Mais attention, pas n’importe quel produit. Là je te parle d’accessoires étranges, cocasses, que tu ne trouveras même pas dans les tréfonds des tiroirs coulissants du Sephora rue des arcades… L’artiste achète ces produits sur e-bay, et du pince-nez made in China en plastique rose bonbon à la cagoule BDSM anti-ride, tous promettent de t’apporter la Bôôté et la jeunesse sans chirurgie esthétique. Mais c’est bien visuellement que l’objet attire Laivina et dans chacune des œuvres de sa série, elle noue une véritable relation entre le modèle et son objet.

Anti-Double Chin Bandage
Anti-Double Chin Bandage, Beauty Warriors, 2017 / Copyright : Evija Laivina  http://www.evijalaivina.com/

Portraits de prime abord drôlatiques, les guerrières de la Bôôté de Laivina ont des auras de Madones incongrues, et dégagent un sérieux si solennel et juste qu’il nous fait ravalé le gloussement débile qui nous vient devant le ridicule de certains des accessoires de bôôté. Le message est clair et passe comme une fusée, ce qui n’enlève en rien sa puissance. Notre société impose des standards de bôôté inconcevables et réclame une perfection irréaliste. Certains sont prêts à se torturer avec des accessoires déments pour y accéder, en dépit de leur absurdité.
Quoique, je lui emprunterais bien son pince-nez.

Enfin dans mon panier il y a une expo de toute Bôôté:
Exposition Reflections, Van Eyck & the Pre-Raphaelites à la National Gallery

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Bannière de l’exposition Reflections, Van Eyck & The Pre-Raphaelites, du 2 octobre 2017 au 2 avril 2018, National Gallery (infos vente ticket ici)

Pour finir ce panier de culture quoi de mieux qu’une belle expo que je veux absolument découvrir ? La National Gallery propose depuis octobre (et jusqu’au 2 avril) une exposition mettant en relation le célèbrissime tableau de Jan Van Eyck, Les époux Arnolfini (1434, National Gallery), avec les œuvres et les préceptes de la confrérie des préraphaélites (j’ADORE la peinture préraphaélite). Trailer de l’expo sur Youtube !

Rappel pour les bonnets d’âne, au fond : le préraphaélisme est un mouvement artistique du milieu du XIXe siècle, né et essentiellement répandu au Royaume-Uni. Les préraphaélites s’inspiraient de la peinture italienne avant Raphaël (soit la peinture du XVe siècle), qu’ils considéraient comme plus pure, vive et vraie, pas encore encombrée de grandiloquences pompeuses et décadentes.

Cette exposition retrace l’histoire d’une inspiration mais aussi d’un paradoxe : une peinture mentor déjà vieille de plus de 400 ans et les prémices de disciples qui en redécouvrent le potentiel pour créer un style nouveau et radical. Les différentes forces du tableau de Van Eyck que l’on retrouve dans le manifeste de la confrérie se détaillent dans l’exposition : couleurs vives, technique raffinée, détails méticuleux, compositions complexes et sujets sophistiqués… Oui je sais, ça fait rêver. Rien qu’au niveau muséographique et scénographique le travail doit être dantesque et je suis très curieuse de découvrir leur fil conducteur à travers les salles.

Et, last but not least, j’ADORE la peinture préraphaélite.

Un beau mois de mars à tous !

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