Immersion dans le Grand Nord, à 30 km de Colmar

Cet hiver, Grammartical prend un peu de hauteur pour trouver un sujet glacé à vous partager. C’est à 1096m d’altitude que nous nous sommes rendus, à la Ferme aux Rennes nichée sur le massif du Tanet.

La ferme aux rennes est un lieu qui intrigue. Il s’agit pour l’essentiel d’un élevage de rennes ouvert aux visiteurs. Mais… pas seulement… car comme le slogan de cet établissement l’annonce : « de nature ou de magie, un petit air de Laponie », nous allons être plongés lors de notre visite dans la culture de cette région du monde qui va finalement nous paraître peu éloignée.

Entrée de la Ferme aux Rennes - ©Margot Fache
Entrée de la Ferme aux Rennes – ©Margot Fache

C’est tout d’abord par amour du froid que toute l’histoire a commencé, et par froid je n’entends pas les quelques flocons tombés sur Paris, mais bien le Grand Nord au Canada ou en Finlande. L’idée d’avoir des rennes est arrivée dès les années 90 dans la tête de Thierry Hiniger alors propriétaire de l’auberge du Schantzwasen, qui cherchait une idée pour contrer le manque à venir si les stations de ski venaient à fermer. Mais il a fallu quelques années supplémentaires pour savoir où en trouver et comprendre les besoins spécifiques à cet animal. En 2005, ce sont donc trois premiers rennes qui ont fait leur apparition, puis l’élevage s’est agrandi petit à petit. Par curiosité, mais aussi avec beaucoup d’intérêt, les visiteurs ont commencé à affluer, avec toujours de plus en plus de questions et d’envies. C’est donc en 2014, pour répondre à cette demande, qu’a démarrée véritablement la Ferme aux Rennes, avec un parcours de visite en quatre temps forts pour découvrir le renne, son territoire et la culture lapone de laquelle il est issu.

Vue de la ferme aux rennes, et de son musée - ©Margot Fache
Vue de la ferme aux rennes, et de son musée – ©Margot Fache

Au programme donc, une courte vidéo contant l’histoire des lieux, un parcours pédagogique de 800m en forêt au milieu des rennes (l’élevage s’est aujourd’hui stabilisé à un peu plus d’une trentaine de rennes), la cabane du grand bonhomme rouge, et en fin, un petit espace muséal dédié à la culture des Sámit (ou Sâmes) éleveurs de rennes lapons. Ce dernier espace attirera ici tout particulièrement mon attention, puisqu’il s’agit d’une collection prêtée par la compagne de l’ethnologue regretté Alan Borvo, Angelina Vinciguerra.

Espace vidéo et exposition photographique - ©Margot Fache
Espace vidéo et exposition photographique – ©Margot Fache

Soucieuse que cette collection rassemblée avec soin par Alan Borvo soit exposée de manière permanente à des visiteurs, dans un but pédagogique, de partage des savoirs et de la culture des Sámit, la ferme aux rennes a ainsi accueilli ces divers objets accumulés par le couple. L’espace muséal, s’articule ainsi en la présentation de ces objets usuels, au travers de différentes vitrines thématiques :  comme les jeux, les outils et contenants, les chausses, les coiffes et les vêtements traditionnels : des objets artisanaux (appelés slöjd) crées avec un grand soin, avec un souci du détail et de la décoration propre aux Samis. Quelques objets notamment ont accroché mon regard.

Espace musée de la ferme aux rennes - ©lafermeauxrennes
Espace musée de la ferme aux rennes – ©lafermeauxrennes

Le premier sur lequel je vais m’arrêter ici, est un petit sac en tissus, acheté par le collectionneur en 1997 dans le Finnmark norvégien. Si contrairement aux autres pochons exposés, celui-ci n’est ni fait de cuir, ni destiné à recueillir du café, des herbes ou d’autres choses, de par sa modernité il reste tout de même représentatif des savoirs faires et coutumes samit, du fait déjà des couleurs utilisées. L’on y retrouve ainsi les quatre couleurs emblématiques de cette civilisation nomade : le bleu représentatif de l’eau, le rouge sur une face symbolisant le feu, le vert sur l’autre face correspondant aux plantes et à la nature en général, et le jaune sur les coutures rappelant le soleil. L’on peut également remarquer au centre un motif géométrique brodé en fil d’étain qui semble typique des samis du sud.

Vitrine du musée avec sacs et pochons destinés à différents usages
Vitrine du musée avec sacs et pochons samis destinés à différents usages

Dans un autre registre, et donc une autre vitrine, quelques couteaux méritent également notre attention. Pour le premier tout d’abord, c’est sa lame gravée qui m’a fait m’approcher de plus prêt pour y découvrir un dessin représentant un Sàmit sur une sorte de traineau ou luge appelé pulk, tiré par un renne aux grands bois. Le Sàmit est par ailleurs reconnaissable par sa pipe en bouche, mais surtout par la coiffe qu’il porte.

Couteau "Nii Bi", manche en bois de bouleau et lame gravée représentant un Sàmi en pulk - Musée de la Ferme aux Rennes, Stosswihr
Couteau « Nii Bi », manche en bois de bouleau et lame gravée représentant un Sàmi en pulk – Musée de la Ferme aux Rennes, Stosswihr

Les autres sont remarquables de par l’utilisation des bois des rennes pour réaliser le manche ou même le fourreau. L’on peut par ailleurs remarquer une forme un peu particulière, puisque celle-ci est courbe, pour des volontés à la fois esthétiques et pratiques. Cette forme devait ainsi éviter aux samis de se blesser lorsqu’ils portaient leur couteau à la ceinture.

Couteaux avec manches et/ou fourreau en bois de renne, gaines de cuire et rivets en laiton - musée de la Ferme aux Rennes, Stosswihr
Couteaux avec manches et/ou fourreau en bois de renne, gaines de cuire, et rivets en laiton – musée de la Ferme aux Rennes, Stosswihr

Quelques mots sur Alan Borvo et son travail mené sur ces collections :

C’est à l’âge de sept ans, en parcourant les pages d’un dictionnaire, qu’il tomba la première fois sur une illustration représentant des Lapons. Cette image sembla le marquer puisque quelques années plus tard, en 1953 âgé de vingt ans, il partit en auto-stop pour la Laponie et commença à y étudier les peuples lapons. Depuis, il ne rompit plus le lien avec ce pays et sa culture, et ramena toujours de ses voyages des objets sámit, agrandissant sa collection pour compter à la fin pas moins de 200 objets.

Mais le travail d’Alan Borvo ne s’arrêta pas là, puisque côtoyant au plus près les Sámit, avec la collaboration d’instituteurs locaux, il rassembla entre 1953 et 1956, 140 dessins d’enfants, qui se révélèrent porteurs d’une grande symbolique, mais aussi d’intérêt historique. En effet, ces derniers témoignent de la dernière génération des Sámit nomades utilisant des modes de déplacement traditionnels et dormant sous une tente appelée lavvu. (Vous pourrez par ailleurs, en admirer un exemplaire sur le parcours proposé par la ferme).

Exemple de trois dessins recueillis par Alan Borvo - ©samiland.free.fr
Exemple de trois dessins recueillis par Alan Borvo – ©samiland.free.fr

Et le peuple samit alors ? Qui est-il vraiment ?

Semble-t-il originaires du nord-ouest de la Russie, ils évoluent aujourd’hui sur un territoire jalonnant la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie, jusqu’au Cercle polaire. Ils disposent de leur propre langue ouralienne ou dialecte dit le sámegiella, ainsi que de leur propre drapeau dessiné en 1986 par l’artiste norvégienne Astrid Bâhl. Ce dernier est composé des couleurs emblématiques des Sámit sur lesquelles nous nous étions arrêtés un peu plus haut ; ainsi que des motifs comme le cercle rappelant le tambour magique.

Costume et drapeau sami - photo ©lafermeauxrennes
Costume et drapeau sami – photo ©lafermeauxrennes

Cet élément nous rappelle par ailleurs l’importance de la magie, du chamanisme et donc de la spiritualité chez ce peuple. Le tambour magique était l’instrument clé du chaman, lui permettant d’entrer en transe afin de communiquer avec les dieux en cas de requêtes par exemple. Cet instrument était ainsi constitué de peau de renne tendue sur un tambour ovale, sur lequel étaient peints des motifs mythologiques ou symboliques de la nature.

Pour vivre, les Sámit ont également toujours cherché à préserver leur environnement. C’est ainsi que si au départ, les Samit de montagnes chassaient le renne sauvage, ils se mirent à en pratiquer l’élevage pour pallier leur extinction. C’est par ailleurs de cette manière qu’ils devinrent nomades pour s’adapter aux besoins de leurs troupeaux.

Les rennes de la ferme aux renne sà Stosswihr en plein hiver - ©lafermeauxrennes
Les rennes de la ferme aux rennes à Stosswihr en plein hiver – ©lafermeauxrennes

La Ferme aux rennes est à mon sens un lieu inédit dans notre région, mais aussi important de par l’approche qu’elle propose de cette culture si méconnue du grand public et pourtant rêvée par les plus petits. En France même, si quelques musées des civilisations proposent un aperçu de l’histoire de ces populations nordiques et nomades, il est rare de voir autant d’objets samit réunis en un seul espace, et ce, de manière permanente. L’élevage des rennes, s’avère bien entendu être l’élément attractif premier pour les visiteurs, mais au fur et à mesure du parcours et de la découverte du musée, sans véritablement s’en rendre compte, les personnes repartent avec (en plus de souvenirs magiques pleins les yeux), un aperçu de la culture lapone, de ses coutumes, et de son amour de la nature.


Pour plus d’information sur cette culture, vous pouvez consulter le site d’Alan Borvo recueillant des éléments supplémentaires. Et si jamais vous vous rendez un jour en Finlande, pourquoi pas visiter le site de l’Arktikum Museum (partenaire de la Ferme aux Rennes), centre d’exposition et de recherche, consacré aux contrées arctiques et particulièrement à l’histoire de la Laponie finlandaise.

Dans les prés de la ferme aux rennes à Stosswihr - ©lafermeauxrennes
Dans les prés de la ferme aux rennes à Stosswihr – ©lafermeauxrennes

Informations pratiques :

La Ferme aux rennes est actuellement ouverte en continu jusqu’au 11 mars, de 11h à 17h.

Elle rouvrira ensuite le 29 mars, en reprenant ses jours habituels de congé les mardi et mercredi.

Il faudra vous acquitter du tarif de 4,50€ par personne (3€ pour les enfants jusque 10 ans).

Pour plus de renseignements, consultez leur site internet : http://www.lafermeauxrennes.com/

 

Margot Fache

 

 

 

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