Quand peindre devient un combat

La nature guide le choix de certains sujets. Tempétueuses, les bourrasques de ces derniers jours amènent l’inspiration et animent la curiosité. A cela s’immisce le hasard.

Suite à la visualisation d’une émission intitulée Invitation au voyage, diffusée sur ARTE, un intérêt soudain s’élève sur une série de toiles de Claude Monet. Peints lors de son séjour de septembre à décembre 1886, les tableaux représentent les paysages maritimes de Belle-Île, qui « [le] force à aller au-delà de ce qu'[il] fait d’ordinaire », écrit-il. A la fois source d’apaisement et de terreur, bienfaitrice et dangereuse, la mer est dichotomique dans son essence même. Au gré des embruns, les vagues s’ouvrent et se referment inlassablement. Et c’est justement cette énergie, que cherche à capter le peintre.

Claude Monet, La Côte sauvage, 1886
Claude Monet, La Côte sauvage, 1886

En effet, prenant le temps de la contemplation, Monet reproduit le mouvement et les changements de lumière. Au milieu de cette nature hostile, il peint en plein air se confrontant à un défi pictural nécessaire pour sa créativité. Dans une correspondance à sa femme, il décrit l’atmosphère de ce lieu en ces termes: « c’est sinistre, diabolique, mais superbe et ne croyant pas trouver pareille chose ailleurs ». La touche singulière retranscrit l’exaltation éprouvée par l’artiste face aux sentiments d’étrangeté, qu’offre cet environnement dramatique. Poursuivant sa démarche systématique, voire obsessionnelle, engagée depuis plusieurs années, Monet pose son chevalet jour après jours au même endroit et par tous les temps. Peindre en série inscrit, de ce fait, l’espace dans le temps. Il s’agit avant tout de mettre en évidence l’évolution contrastée de la lumière par le biais des dégradations de couleurs, d’où le caractère ordinaire des points de vue choisis. Le motif reste un prétexte pour reproduire la tension chorégraphiée des éléments; la ligne d’horizon est réduite à l’extrême. Les rochers et l’eau occupent ainsi toute la surface picturale, éloignant l’impressionniste de la réalité. Les coups de pinceaux reflètent la violence de la nature, se déferlant devant lui. Dynamiques et floues, les vibrations de la touche l’immergent indubitablement dans l’expressionnisme abstrait.

Claude Monet, Côtes de Belle-Île, 1886
Claude Monet, Côtes de Belle-Île, 1886

Exposant ses œuvres chez Petit en mai 1887, Monet se confronte à une critique mitigée, lui reprochant son écriture brutale et grossière. Toutefois, le peintre réussit à susciter la bienveillance d’intellectuels, tel son contemporain Maupassant, décrivant le travail de l’artiste dans Gil Blas. Concluons brièvement sur la citation suivante de l’écrivain: « il prit à pleines mains une averse abattue sur la mer et la jeta sur la toile. Et c’était bien de la pluie qu’il avait peinte ainsi, rien que la pluie voilant les vagues, les roches et le ciel, à peine distinct sous ce déluge ».

Caroline.

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