La vie à pile ou face ?

On découvre ici la vie de Lou. Lou semble être une jeune femme normale, un peu timide et introvertie, mais rien ne semble la différencier plus que ça des autres.

Personne ne l’écoute, personne ne cherche à la comprendre. Et pourtant beaucoup de jeunes sont dans ce cas, c’est vrai. Mais c’est ça le souci. Le malaise est présent dans la vie de beaucoup de jeunes, c’est souvent trop banalisé et on entend résonner : « c’est rien, c’est la crise d’adolescence, ça passera ! »

Sauf que parfois… Il s’avère que ça ne peut pas passer, c’est ancré, gravé au fond de soi et on ne peut rien y faire. C’est comme se battre contre des moulins à vent. On frappe, on se bat contre ses monstres intérieurs, on espère les voir mourir, périr, mais le temps passe… Il passe et les démons sont toujours là, parfois ils se font plus discrets, et parfois ils resurgissent et font de ta vie un enfer.

Lou parvient à nous faire entrer dans son histoire, on se sent… concernés, on a tous des périodes où on se pose des questions sur soi, sur son état psychologique. Il est alors assez facile de s’identifier à Lou, à ses problèmes et son ressenti.

 

Mais plus on avance dans l’histoire, plus on se rend compte que son cas est particulier. Les humeurs, ça va ça vient, et puis il paraît que les femmes sont gâtées de ce côté. Cet aspect ressort beaucoup dans ce livre et c’est assez insupportable. L’irritabilité des femmes, les menstruations… Tout est remis en question, et c’est là que c’est intéressant. Lou se heurte aux médecins, à ses proches, à l’incompréhension et le jugement de ces derniers.

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On fait ensuite connaissance de Goupil, son démon intérieur qui sort enfin de l’ombre et duquel elle fait connaissance un peu tardivement. Elle vient de mettre le doigt sur ce qui la ronge, la hante depuis des années. Les maladies psychiatriques sont souvent dénigrées, jugées, absolument pas prises au sérieux et pourtant… Elles sont la cause de tellement de maux.

Lou se confit à France Culture au cours d’une vidéo dans laquelle elle explique un peu mieux pourquoi elle a écrit ce livre.

« Goupil ou face » est une bande dessinée touchante et pédagogique qui met des mots sur des choses difficilement identifiables aux premiers abords. Nous la voyons dépérir, souffrir, sombrer dans la dépression puis remonter en pics … En cycles… C’est cela, des cycles. A force de combats intérieurs, elle met le doigt dessus : la cyclothymie. 

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Elle se rend compte alors… qu’elle ne pourra jamais vraiment se séparer de son Goupil. Il fait partie d’elle. La vulgarisation est pourtant bien pensée, et met le point sur la difficulté médicale face aux maladies psychiatriques, notamment celles descendant de la bipolarité. En effet, Lou nous raconte comment le personnel médical n’est pas capable de se mettre d’accord sur ce qu’elle a et comment la soulager… Elle finit par leur claquer la porte et se retrouver de nouveau seule.

 

L’auteure raconte aussi le poids que sa maladie peut avoir pour ses proches, notamment pour son petit-ami qui malgré tout va rester aussi présent que possible. Elle montre aussi les violences psychologique qu’elle doit s’imposer à elle-même pour réussir à s’en sortir alors qu’elle se sent totalement coincée.

Comme pour beaucoup de vulgarisation médicale, il reste toujours cette petite part de « risques » de gens qui vont un peu trop s’identifier à elle, mais « Goupil ou face » n’est pas anxiogène. Lou reste très factuelle et elle se contente de raconter les choses comme elles sont, mais toujours avec beaucoup d’humour et une aisance à raconter vraiment délicieuse.

Ca se lit sans faim, on dévore les pages, on s’attache à Lou et on veut savoir si elle va s’en sortir, comme elle va vivre avec sa maladie maintenant nommée ; que va t-elle devenir, sa relation va t-elle survivre à tout ça ?

 

Et le plus important -selon moi surtout- il est précisé à la fin de la bande dessinée qu’il ne faut pas chercher à établir de diagnostic soi-même, quand bien-même pouvons-nous nous identifier à cet ouvrage.

 

Lou et Goupil, c’est une sorte d’histoire d’amour chaotique, mais qu’on essaie de sauver en vain, on s’accroche, on aime, on souffre mais surtout : on vit. Et c’est ça la plus belle morale de cette bande dessinée.

 

Margaux Guillemin
Auteur : Lou Lubie aux édition Vraoum !
138 p.

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