Leçon de tolérance ? Avec « Nathan !? » au TNS

"Nathan!?" par Samuel Rubio
« Nathan!? ». Photo: Samuel Rubio

Au Théâtre National de Strasbourg, vous avez jusqu’au 17 novembre pour aller découvrir Nathan !?, une mise en scène de Nicolas Stemann, qui nous livre une adaptation de deux textes : Nathan le sage de Gotthold Ephraim Lessing et Crassier/ Bataclan d’Elfriede Jelinek. Leçon de tolérance didactique étonnante !

« Fluctuat Net Mergitur »*, il y a deux ans, un attentat au Bataclan et dans d’autres lieux parisiens, des morts, des pertes, une volonté malsaine d’attaquer notre manière de vivre… Dix mois auparavant, il y avait eu l’attentat contre Charlie Hebdo. Les réactions à ces événements ont donné lieu à des réactions politiques qui ont fait l’objet d’un texte d’Elfriede Jelinek. C’est ce texte ainsi que celui de Nathan le sage – pièce très connue en Allemagne mais peu en France (ce n’est pas moi qui le dit mais les acteurs) – sont mêlés en une mise en scène dynamique, étonnante et engagée. Retour sur un moment qui invite à la réflexion.

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« Nathan!? ». Photo: Samuel Rubio

La pièce débute par des voix sortant d’un haut-parleur. Il est question du retour de Nathan le sage, juif de son état, dans sa ville de résidence, Jérusalem. Il y apprend que sa fille, Reccha, a été sauvée de l’incendie de sa maison par un templier (chrétien, donc) qui venait d’être gracié par le Sultan, Saladin (musulman, donc). La tolérance entre les religions est au cœur de cette pièce de Lessing qui fut écrite en 1779. Nathan souhaite remercier ce templier qui refuse de le rencontrer parce qu’il est juif, il s’étonne aussi que le sultan ait gracié un chrétien (l’action se déroule lors de la troisième croisade, pendant une trêve). Il est aussi question d’argent, de prêt d’argent, d’amitié et de filiation dans cette pièce. Bref, nous ne sommes pas là pour parler de ça (comment ça, si ?) mais pour parler de Nathan !? par Nicolas Stemann. Sur scène, les différents protagonistes jouent à la fois Nathan, Reccha, Saladin, le templier et Sittah (sœur et conseillère de Saladin), des djihadistes, des politiques, etc. Deux musiciens sont aussi sur scène et créent l’ambiance sonore au fur et à mesure de pièce avec des instruments existants et d’autres créés pour l’occasion. Ainsi une kalachnikov surplombe l’un de ses instruments, ombre inquiétante représentative de ce qu’est cette pièce : la confrontation entre deux écrits, l’un prônant la tolérance religieuse, le second faisant le constat de ce qu’est parfois le dialogue inter-religieux, le dialogue social de nos jours, et nous met face à nos contradictions : oui, il faut tolérer, intégrer, avoir des idéaux, mais comment cela est-il mis en place, accepté, réalisé aujourd’hui ? Est-ce possible ?

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« Nathan!? ». Photo: Samuel Rubio

« Pourquoi est-il tellement plus simple de se vouer à la haine porteuse d’identité plutôt que se consacrer au rapprochement ? » nous dit Nicolas Stemann. Nathan !? Et, en passant, d’un texte à l’autre, il démontre que la dispute et la violence sont souvent les réponses normales à une incompréhension ou une perception de l’autre, celui qui est face à nous, celui qui est différent de nous.

En mêlant un texte ancien à un texte actuel, des actions passées à des événements d’aujourd’hui, il nous met face à une leçon que nous n’avons pas forcément apprise, intégré, assimilé. Est-ce parce que c’est plus simple de s’opposer à l’autre dans ses différences plutôt que de l’accepter ? Pourquoi cela alors que nous sommes (dans cette pièce et autour de nous) en présence de trois religions monothéistes qui ont le même Dieu et qui, chacune, prônent la paix ?

Cécile.

*« Il est battu par les flots, mais ne sombre pas », devise de la ville de Paris.

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Théâtre National de Strasbourg

Nathan!?

Coproduction

D’après les textes Nathan le Sage de Gotthold Ephraim Lessing et Crassier/Bataclan de Elfriede Jelinek

Mise en scène et adaptation : Nicolas Stemann

Avec Véronique Alain Lory Hardel, Lara Khattabi, Mounir Margoum, Serge Martin, Charles Morillon Elios Noël, Lamya Regragui

Du mercredi 8 novembre au vendredi 17 novembre 2017

Tous les jours à 20h

Salle Koltès

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