Pourquoi les filles ont mal au ventre?

Lucile de Pesloüan et Geneviève Darling signent un manifeste féministe percutant pour les adolescents. Une pépite littéraire d’utilité publique à mettre entre toutes les mains, petites et grandes!

Inspire. Expire. Souris.

Les filles ont mal au ventre parce que le sexisme affecte tout le monde, tous les jours, de façon évidente, subtile, simple ou complexe.

Ces dernières semaines, une vague médiatique a accompagné le déferlement des hashtags #Metoo et #Balancetonporc sur les réseaux sociaux, lancés par l’actrice Alissa Milano le dimanche 15 octobre pour le premier et par la journaliste française Sandra Muller pour le pendant francophone. Ces mouvements de solidarité, virtuels mais pas que, résonnent alors que les dénonciations fusent de tous côtés : affaire Weinstein aux États-Unis, affaires Gilbert Rozon et Éric Salvai au Québec, affaires Christophe Arend ou Gilbert Cuzou du côté des politiques français, et tant d’autres. Je ne vous referais pas l’actualité, je serais incapable d’en retranscrire tous les détails et toutes les subtilités, cependant la littérature a ici un grand rôle à jouer.

Inspire. Expire. Rentre le ventre. Souris.

On notera, sans vouloir « encore se plaindre » (toi même tu sais), que ces indignations sont la conséquence d’un hashtag de personnalités publiques qui dénoncent des personnages influents, pas parce qu’on sait depuis plusieurs décennies déjà que :

« Au Maghreb, des femmes meurent chaque jour des suites de violences conjugales ; dans de nombreux pays d’Afrique, les filles subissent encore de terribles mutilations génitales… En Irlande, une femme ne peut accéder à l’avortement que si sa grossesse représente « un risque réel et substantiel pour sa vie » […] ; Au Burkina Faso, des milliers de jeunes femmes et de filles, parfois âgées de 11 ans seulement, sont mariées de force ; En Tunisie, l’homosexualité est toujours considérée comme un crime et est passible de trois ans de prison. Et comme dans de nombreux autres pays, les LGBTI doivent cacher leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, y compris à leurs proches. »            Source : article du site Amnesty International sur les droits sexuels

Encore une fois, pour dénoncer et se faire entendre, et surtout pour créer un sentiment de révolte, et de répulsion dans la sphère publique, il faut que ça parte du haut, du célèbre, du médiatique. * soupir *

Inspire. Expire. Rentre le ventre. Bombe le torse. Souris.

Les filles ont mal au ventre parce que le corps féminin est toujours un enjeu, qu’il soit enfoui sous des tonnes de tissus ou dévoilé.

Mais, reprenons notre optimiste, et mettons de côté ce constat amer pour nous dire que peu importe d’où le mouvement est lancé, ce qu’il faut observer, c’est l’onde de choc qu’il produit. Et ce, sur une grande complexité de sujets qui gravitent autour du harcèlement sexuel :

Harcèlement – Violences faites aux femmes – Agressions sexuelles – Notion de consentement – Libération de la parole – « Victim-shaming »- Point de vue des hommes – Inégalités hommes/femmes- Conséquence d’une société patriarcale et misogyne sur les rapports hommes/femmes – Déféminisation des espaces publics – Enjeux éducatifs

Inspire. Expire. Rentre le ventre. Bombe le torse. Serre les poings. Souris.

Bien sur, cette liste est non exhaustive, mais déjà assez représentative de la multiplicité des enjeux auxquelles nos sociétés font face. J’attire votre attention (s’il en reste à ce point où vous cherchez encore ce que cet article à vraiment d’une chronique littéraire), sur le dernier point. Éducation. Pardon, ÉDUCATION. Mais aussi: TRANSMISSION. PÉDAGOGIE. MÉDIATION.

Peut-être que je n’ai pas choisi les bons médias, mais la part donnée à l’éducation des enfants sur ces problématiques me semble peu traitée (si vous n’êtes pas d’accord avec ça, je vous en prie, envoyez-moi dans les commentaires liens, articles, vidéos, vous aurez ma reconnaissance éternelle!). C’est pourquoi j’ai décidé de vous parler de sexisme par le biais d’un album de littérature jeunesse. Parce qu’avant tout, je suis persuadée, au plus profond de moi-même, que nous changerons le monde et la condition féminine, alimenterons les rapports paritaires, tendrons vers la tolérance et la compréhension d’autrui par l’éducation, et par l’art.

Inspire. Expire. Rentre le ventre. Bombe le torse. Serre les poings. Tais-toi. Souris.

Et ça tombe bien, car Angèle Delaunois, éditrice des Éditions de l’Isatis, a lancé cet automne la collection Griff, une collection qui parle de vrais sujets, avec de vrais mots, pour les adolescents. Alors là, autant vous dire que Banco! Car de la littérature jeunesse, pour ado, en format album, qui aborde des sujets coups de poings et qui le fait bien = alerte, alerte, pépite à mettre dans toutes les petites (et les grandes) mains!

*La longueur de ce billet étant déjà complètement indécente, je vous invite à aller découvrir les détails sur cette nouvelle collection par ici.

Les filles ont mal au ventre de savoir que le viol et la violence envers elles représentent un risque de mort plus grand pour une femme âgée de 15 à 44 ans que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis.*

*(source: Organisation des Nations unies, 2015)

2-Pourquoi-les-filles-150-filet

Pourquoi les filles ont mal au ventre? est un manifeste féministe qui s’adresse à la jeunesse, aux filles comme aux gars, avec un texte court et percutant qui aborde les nombreuses facettes du sexisme. Les illustrations, très réalistes et monochromes, ont tout autant de choses à dire. Ensemble, mots et images apportent une réelle réflexion sur la diversité des formes que peut prendre le sexisme. Mais elle nous englobe aussi dans une seule et même couleur (et pas le rose! Non mais!). Pourquoi? Parce qu’on serait toutes pareilles face aux inégalités ? Toutes dans le même panier? Non, et les deux créatrices ne manquent pas d’insister là-dessus, aucun de nos vécus face au sexisme ne se ressemblent, mais nous sommes toutes et tous solidaires. Nous sommes toutes et tous un maillon de cette chaine que nous pouvons briser. Nous avons toutes et tous un devoir de bienveillance envers les femmes et les hommes qui sont victimes de violences et de harcèlement, et plus largement qui souffrent des stéréotypes qui nous emprisonnent.

Cette solidarité, cette force de la masse dans les disparités de nos expériences se sont exprimées d’une très belle manière selon moi derrière les mouvements #Metoo et #Balancetonporc, certaines femmes se demandant si elles étaient légitimes d’y participer ou non. Montrant ainsi non seulement qu’il y a de la bienveillance et de la sensibilité, mais aussi que ces combats sont plus que nécessaire pour l’éveil des consciences, et que oui, 1000 fois OUI : nous sommes légitimes.

Au Québec, le milieu de la littérature jeunesse s’est mobilisé pour soutenir la cause féministe et pour transmettre aux jeunes des clés leur permettant notamment, pour les filles comme pour les garçons, de mieux comprendre et d’intégrer la notion de consentement, une notion indispensable pour la suite de nos comportements face au harcèlement :

L’initiative d’Élise Gravel, auteure et illustratrice jeunesse québécoise, partagée sur son FB avec ce mot « Voici une petite bande dessinée sur la notion de consentement. Profs et parents, vous êtes libres de l’imprimer et de l’utiliser en classe et à la maison (pas d’utilisation commerciale svp.) Enseignons à la prochaine génération une règle de base toute simple que bien des adultes ne semblent jamais avoir apprise. »

gravelconsentement

Et de Curium, magazine québécois pour les ados traitant régulièrement de sujets de fond passionnants pour sensibiliser les jeunes, comme leur numéro « LGBTQIA+, c’est quoi ton genre? » Ou leur numéro « Hors Norme, et c’est tant mieux! »

curiumconsentement.jpg

Je ne vous en mets que deux parmi d’autres, et des initiatives québécoises. Si vous avez des parents, des enseignants, des enfants, des médiateurs, des frères et des sœurs (bref, vous voyez l’idée, aucune raison de ne pas partager!) je vous invite chaleureusement à en discuter et à partager ces contenus, à partir à la recherche de nouveaux supports de médiation pour les jeunes, et si vous vous en sentez les connaissances et les capacités, pourquoi ne pas en réaliser vous même!

Les filles ont mal au ventre lorsque le mot « féministe » devient une insulte et qu’on leur dit qu’elles prennent les choses trop « personnel » lors des débats sur le féminisme.

Oui, la littérature jeunesse peut être féministe et engagée, oui elle peut être controversée, militante, oui elle est une arme contre les inégalités, l’injustice et la bêtise, oui elle est un levier d’éducation, oui elle éveille et élève les consciences, oui elle transmet et nous sensibilise, oui elle nous révolte. Et pour ça, on l’aime.

Inspire. Expire. Ouvre-la. Libère tes mots. Sois une grande gueule. Souris.

Parce qu’on a toutes quelque chose à dire.

Pour aller plus loin (liste non exhaustive)

·      Le désormais célèbre tumblr Projet Crocodiles qui a donné naissance à une excellente BD

·      Le site et le magazine Causette (pépite absolue de la presse féminine dont j’espère pouvoir consacrer un article entier fort bientôt!) et leur nouveau podcast en partenariat avec Arte Radio sur le sexisme ordinaire

·      Cette vidéo du Monde de Lisa, qui présente quelques exemples des dérapages dans les manuels scolaires et les publications jeunesse

·      Un intéressant article de France Culture intitulé « Harcèlement, agression : que nous disent les réactions des hommes ? »

Notice bibliographique :
Pourquoi les filles ont mal au ventre?
MAISON D’ÉDITION : Les éditions de L’Isatis – Collection griff
ISBN: 978-2-924769-06-5
DATE DE PARUTION : 2017
PRIX ET NOMBRE DE PAGES : 17,95 $ (disponible en version numérique) – 48 p.

Léa Fauvel

 

Une réflexion au sujet de « Pourquoi les filles ont mal au ventre? »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s