Les filles en série : des Barbies aux Pussy Riot

Les filles sont des filles parce qu’elles sont en série.

Les Filles en série, essai de Martine Delvaux, est une analyse des femmes en tant que masse d’individus évoluant selon les règles de notre société. Un phénomène qui représente la défaite du corps féminin (comprendre corps dans le sens d’enveloppe corporelle mais aussi d’ensemble). Mais aussi la force massive du corps féminin (toujours dans les deux sens).

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Pardon? N’y aurait-il pas comme un petit problème de cohérence par ici? Une défaite et une force? On est pas dans Game of Thrones, là!

C’est pourtant ce paradoxe que soulève l’auteure : les filles en série, c’est le fait d’être une société de femmes normées, stéréotypées, vue par un seul et même prisme, celui de l’usine ordinaire de la misogynie. Bref, toutes fringuées au H&M, maquillées au Sephora, et moulées (intérieur et extérieur) aux clichés, rien de neuf sous le soleil… ah si…attendez : car c’est aussi (et surtout!) une ressource massive, un collectif de corps et d’esprits, une énergie potentiellement renversante!

C’est là que l’essai de Martine Delvaux va au-delà du constat sociologique, culturel, sexuel ou encore politique de la condition des femmes puisqu’elle insiste, tout au long de son analyse, sur cette force qu’on ne peut plus ignorer. En passant en revue les phénomènes des filles en série à travers les âges, l’auteure nous emmène sans détour par des modèles tant vénérés (par certains) que détestés (par d’autres). Cariatides, Tiller Girls, Real dolls, Barbies, Bunnys, Playmates, mannequins, princesses Disney, blondes mythiques telle Marilyn Monroe, et Pussy Riot, Femen et bien d’autres! Mais attention ce n’est pas d’une énumération dont il est question ici, mais d’un parcours (de la combattante), de la poupée à la vigilante, de la victime à la super-héroïne. Et on en sort gonflé(e)s à bloc!

Mais la figure des filles en série est double : à la fois serial girls et serial killers de l’identité qu’on cherche à leur imposer. Casseuses de party, ingouvernables, elles libèrent la poupée et se mettent à courir.

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Vanessa Beecroft

L’autre force de cet essai, c’est sa dimension interculturelle. Référence aux pubs Dim, aux séries Girls de Lena Dunham et Sex and the City, au cinéma avec entre autre Thelma et Louise, aux artistes contemporains avec le travail de Vanesssa Beecroft… Hop! petit passage par tel extrait de vidéo, telle image, telle soirée film pour mieux comprendre un chapitre, go on sort les pop-corn! Sans rire, elle nous permet une lecture hyper dynamique, et on en redemande!

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Fin de série, Manon Oligny

D’ailleurs, pour les curieux, sachez que Martine Delvaux a travaillé avec la chorégraphe Manon Oligny, duo qui donne naissance au spectacle de danse contemporaine Fin de série dans lequel évoluent ces filles standardisées luttant contre leur formatage et devenant ainsi des femmes sauvages. Et cadeau : un extrait vidéo juste ici pour vos beaux yeux (eh oui on est comme ça à Grammartical!).

À 1000 lieues d’un essai monotone ou stagnant dans certains méandres universitaires, Martine Delvaux nous rappelle plutôt à un champ des possibles qu’il est grand temps de s’approprier. On sort de cette lecture avec de nouveaux outils pour mieux comprendre, et par là, mieux agir.

*Martine Delvaux est romancière, essayiste et professeure de littérature à l’Université du Québec à Montréal. Son ouvrage Les filles en série, des Barbies aux Pussy Riot est publié aux éditions du remue-ménage, principale maison d’édition féministe francophone en Amérique (et ça vaut le coup d’aller jeter un coup d’œil par ici, en passant!).

Notice bibliographique :
Les filles en séries, des Barbies aux Pussy Riot
MAISON D’ÉDITION : Les éditions du Remue-ménage
ISBN: 978-2-89091-465-0
DATE DE PARUTION : 2013
PRIX ET NOMBRE DE PAGES : 19,99 $ (disponible en version numérique) – 234 p.

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