120 Battements par minute : Un souffle, une respiration

Une claque. Littérale. Le dernier film de Robin Campillo, « 120 battements par minute », sorti dans les salles le 23 août dernier et Grand Prix du Festival de Cannes 2017 m’a littéralement bousculée.

Silence = mort

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean qui consume ses dernières forces dans l’action.

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Crédit photo : Celine Nieszawer

Je suis une enfant des années 90 et pourtant si peu informée. Comme le reste de mes camarades dans la salle, je n’ai pas fait exception. Submergée par les émotions, je me suis retrouvée face à mon ignorance. Je n’avais, un peu naïvement sans doute, pas pris la teneur de ce combat dans les années 80-90. Notre société a tellement évolué, que l’amnésie est à son comble chez les gens de ma génération. Robin Campillo rappelle à juste titre que notre société n’en a pas fini avec le SIDA.

 

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Crédit photo : Celine Nieszawer

120 battements par minute suit le fil d’un engagement collectif à une époque sans internet, sans téléphone mobile et sans réseaux sociaux. Une époque où fax et minitels sont à leur apogée. Une époque où les associations n’avaient pas la possibilité de diffuser leurs propres images et où la télévision conservait une place absolument centrale. Si aujourd’hui internet et ses réseaux nous donnent la sensation de nous retrouver dans une lutte commune, les combats d’Act Up nous montrent que notre époque actuelle manque cruellement d’incarnation. À l’époque du film, pour se retrouver il y a avait les réunions hebdomadaires. Il fallait se réunir et se confronter. Act Up-Paris est l’une des rares associations à avoir rassemblé chaque semaine tous ses membres, dans une réunion publique et ouverte à tous. Et le discours est direct : « Bienvenue à Act Up, créé en 1989 sur le modèle d’Act Up New York. Ce n’est pas une association de soutien aux malades, mais un groupe d’activistes qui vise à défendre les droits de toutes les personnes touchées par le sida. »

 

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Crédit photo : Celine Nieszawer

Un groupe d’activistes incarné. Des acteurs profondément incarnés. Quoi ou plutôt qui de plus efficace que de mettre en scène des acteurs eux-mêmes gays et qui le clament ouvertement ?
Le casting est parfait. Nahuel Pérez Biscayart dans le rôle charismatique de Sean, Arnaud Valois dans le rôle tendre de Nathan, Adèle Haenel dans le rôle militant de Sophie et Antoine Reinartz qui incarne le personnage de Thibault, président de l’association Act Up-Paris. Et tous les autres, incarnés si justement.

colère = action

Des poches de faux sang jetées sur les murs des laboratoires pharmaceutiques, une intervention musclée lors d’une réunion de l’Agence française contre le Sida. Des slogans accrocheurs : « Des molécules pour qu’on s’encule ». Des interventions dans les lycées pour parler de préservatifs. Avec 120 battements par minute, on retrouve la musique des voix et l’intensité des débats pendant les réunions Act Up Paris. Dans ce combat social et dans la maladie, seules quelques scènes en boîte de nuit permettent quelques respirations au récit. Reprendre de l’air. Malgré la hantise du Sida, aucun des personnages ne renonce au plaisir. Ils baisent à tout les temps, capote au bout du gland.

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Crédit photo : Celine Nieszawer

action = vie

120 battements par minute n’est pas un film seulement pour les morts, c’est aussi un film dédié aux vivants, à ceux qui ont survécu. Un théâtre de la parole. Une justesse à toute épreuve. Campillo ne verse pas dans le pathos, mais s’il m’a fait pleurer, il m’a permis de comprendre que le combat n’est pas terminé. Et que même si notre époque a évolué, l’homophobie n’est pas loin. Allez-y, vous ne le regretterez pas. 120 battements par minute est, à mon sens, une œuvre magistrale.

Anaïs Roesz

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