Fantaisies d’été à la galerie Béatrice Soulié

Vue de l'exposition "On dirait le sud". © photo: Galerie Béatrice Soulie
Vue de l’exposition « On dirait le sud ». © photo: Galerie Béatrice Soulie

Béatrice Soulié, j’ai rencontré la femme avant de rencontrer la galeriste, elle est exceptionnelle! Sa galerie et ce qu’elle y présente sont à son image. Jusqu’au 8 juillet prochain, elle présente les travaux de Christelle Lenci et Sylvain Corentin pour une exposition « On dirait le sud ».

Béatrice Soulié tient une galerie spécialisée dans l’art singulier ou l’Outsider Art et présente des artistes autodidactes. J’avais déjà vu des œuvres de Sylvain Corentin mais je ne me souviens pas en avoir déjà vu de Christelle Lenci. Chez Béatrice Soulié, vous pourrez découvrir les travaux de ces deux artistes, au sein de cette petite galerie de la rue Guénégaud dans le 6è arrondissement de Paris. On entre dans un cocon où l’on peut découvrir les travaux en deux dimensions de Christelle Lenci et ceux en trois dimensions de Sylvain Corentin. Étonnamment, ces deux travaux se répondent l’un l’autre, ils créent un dialogue tout en finesse et en subtilité.

© Sylvain Corentin
© Sylvain Corentin

De Sylvain Corentin, Béatrice Soulié présente plusieurs cabanes faites de bric et de broc, d’éléments récupérés dans la nature assemblés et peints en blanc. Ces architectures délicates, tout en finesse, invitent à y regarder de plus près, à observer les détails, ici une branche, ici un morceau de ficelles, là un bout de bois, etc. Elles ont l’air fragiles, d’être faites de dentelles, c’est comme si un souffle pouvait les faire se briser. J’aurais voulu être là au moment où ces œuvres sont arrivées : comment ont-elles été emballer ? Comment ont-elles voyagé sans s’abîmer ? Sans doute ne sont-elles pas si fragiles, peut-être n’est-ce qu’un impression. Ce sont autant de cathédrales qui s’élèvent, fines et intemporelles. Elles nous emmènent dans un autre univers : pourrait-on y vivre ? Pour Sylvain Corentin : « J’aime à penser que mes architectures, si elles étaient à l’échelle d’un habitat, seraient en parfaite harmonie avec la nature. Mon processus de création relève de ce que j’appelle la destruction constructive, c’est choisir de se perdre, de travailler d’instinct dans l’improvisation, le jeu. C’est choisir le chaos, la brisure, plutôt que le discours, l’évidence. Je cherche à ce que tout m’échappe, que ça s’agite. Mes sculptures-architectures sont pour moi le support blanc sur lequel j’écris et dessine mes chemins improbables, mes histoires, mes cartographies. » Se laisser entraîner au gré des volumes, des lieux, des architectures proposées par Sylvain Corentin, qu’en dites-vous ? Il dit encore de ses cabanes : « (…) elles sont des lignes agitées dans le vide, des ossuaires, des apparitions. Elles sont territoires et habitations, des cartes blanches dessinées de chemins improbables. Elles sont des cabanes dans les arbres, des arbres-cabanes. Elles sont archaïques, asymétriques et exubérantes. Elles sont couvertes de broderies féminines et de parures guerrières. Elles sont aussi un peu folles. Elles sont agitées et pourtant me conduisent à la sérénité. »

© Christelle Lenci
© Christelle Lenci

La folie que l’on peut voir dans les œuvres de Sylvain Corentin, on la retrouve dans les dessins de Christelle Lenci : avec des traits très fins et minutieux, l’artiste nous entraîne dans un univers peuplé de femmes parfois nues qui ont l’air de s’adonner à de multiples plaisirs dans une sorte de retour à la nature débridé, joyeux mais aussi, ô combien inquiétant. À y regarder de près, l’univers dessiné est quelque peu troublant, on peut y voir une bouche grande ouverte à un endroit, des yeux par ci, par là, certains sont vides, des dentitions vampiresques, l’intérieur des corps apparaît par moments, un sexe aspirant, des cicatrices, divers objets incrustés dans ce méli-mélo de lignes… Certaines de ces femmes sont entourées de cheveux, lianes ou cordes en une revisite du Rêve de la femme du pêcheur d’Hokusai dans lequel un poulpe géant prend une femme qui s’abandonne à ses tentacules. Les dessins sont de petits formats mais sont riches d’une multitude de détails qui nous entraînent dans des histoires érotiques, scabreuses, sensuelles, cruelles, fantasmatiques…

Béatrice Soulié a réuni du 8 juin au 8 juillet Christelle Lenci et Sylvain Corentin pour l’exposition On dirait le sud et nous invite à la découverte de leurs deux univers… On pénètre dans une certaine moiteur et, je ne sais pas pourquoi mais j’imaginerai assez bien les femmes de Christelle Lenci résider dans les cabanes-cathédrales de Sylvain Corentin… Allez-y voir si vous passez dans le quartier et laissez-vous surprendre par leurs travaux singuliers.

Cécile.
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Galerie Béatrice Soulié
21, rue Guénégaud
75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.

On dirait le sud
Christelle Lenci, encres
Sylvain Corentin, assemblage
jusqu’au 8 juillet

Et ce jeudi 6 juillet, dernière nocturne de l’exposition, la galerie sera ouverte jusqu’à 21h!

Une réflexion au sujet de « Fantaisies d’été à la galerie Béatrice Soulié »

  1. Bonjour,
    Je découvre à peine votre article sur l’exposition ! Je tenais à vous remercier et vous dire combien je suis touchée par vos mots et clairvoyance sur mes dessins.
    Christelle Lenci

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