JANE AUSTEN ou le portrait d’une romancière discrète et passionnée

Récemment, la Saint Valentin puis la journée des droits de la femme nous ont plongé dans une ambiance d’exaltation « romantico-engagée », qui vont de pair avec les écrivains féminins, particulièrement ceux du XVIIIe-XIXe siècles. Période romantique dans de nombreux domaines, notamment en littérature où excelle un auteur majeur : Jane Austen (1775-1817).

Portrait de Jane Austen, gravure

Romancière à succès, Jane Austen grandit dans une Angleterre rurale parmi ses nombreux frères et sœurs. Fille de pasteur, son éducation est simple tout en lui conférant une certaine érudition ; la lecture et l’écriture font partie de son quotidien. Discrète sur sa vie privée, l’écrivain révèle sa personnalité dans ses récits, où s’entremêlent humour, romance et réalisme. Tels des témoignages, ses ouvrages dépeignent les mœurs de familles bourgeoises de son époque. Soucieuse du détail et de la justesse dans les descriptions, Jane Austen introduit le lecteur au sein même du cercle familial, d’apparence banale, s’avérant toutefois troubler par des événements inattendus. Vanité, mensonges, rencontres fortuites, orgueil et vénalité bouleversent le quotidien des protagonistes, qui deviennent bien moins insipides.

Jane Austen écrit sur ce qu’elle connaît, la rapprochant de ses lecteurs, mais également de ses personnages principaux. Intégrant sans nul doute une part d’elle-même dans les portraits féminins, nous pouvons nous forger une image de l’individu qui se cache derrière cet écrivain, connu principalement pour six romans : Raison et Sentiments (1811), Orgueil et Préjugés (1813), Mansfield Park (1814), Emma (1816), Persuasion (1818) et Northanger Abbey (1818).
Sans se revendiquer féministe, Jane Austen fait exister chacune des protagonistes centraux en les distinguant parmi les autres. En effet, elles se libèrent des conventions, qui régissent la vie des femmes de cette époque et manifestent leur indépendance. Ayant des caractéristiques similaires, ses héroïnes se ressemblent et se différencient des membres de leur entourage. Ainsi, nous les identifions par une certaine assurance, une subtile intelligence et une forte détermination. Parfois effrontées, elles savent ce qu’elles veulent et ne connaissent pas leur pouvoir de séduction. Peu vaniteuse et toujours très pondérées, elles refusent de se soumettre aux dictats de la société, qui place les femmes dans les bonnes familles tels des pions dont le jeu serait d’être la parfaite épouse pour le meilleur des partis ; elles ont leur propre existence et se suffisent à elles-même. Cependant, leur intrépidité à l’encontre de la bienséance est soudainement bousculée. Bien qu’elles luttent farouchement, l’Amour les frappe inévitablement. Dans chaque roman, la vie paisible et organisée de ses héroïnes est perturbée par un élément déclencheur d’émotions – tantôt néfastes, tantôt exquises – sous les traits d’un gentilhomme au passé trouble, empreint de mystère, mais aux manières courtoises. Intriguées, elles ne peuvent empêcher cette rencontre, somme toute pernicieuse. Peu à peu, les barrières s’abaissent jusqu’à amener les protagonistes à faire fi des convenances et inciter leurs comportements à devenir incontrôlables.

« C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété de l’une ou l’autre de leurs filles » – Orgueil et Préjugés

Le bicentenaire de la mort de Jane Austen nous convie à nous immerger dans son univers. Nous nous délectons à la lecture des chamailleries assumées entre les membres de la classe bourgeoise et les machinations fomentées dans le but d’empêcher le véritable amour d’éclore.
A tous ceux qui érigent Jane Austen au rang d’écrivain supérieur : pourquoi sommes-nous des inconditionnels lecteurs de ses ouvrages ? Pour ma part, je ne peux rester indifférente à sa prose lyrique, certes un brin suranné, mais d’un romantisme exacerbé. Je me surprends à rêver d’une destinée semblable à celle d’Emma Woodhouse ou d’Elizabeth Bennett. L’intégralité des romans a fait l’objet d’une adaptation cinématographique ou pour le compte de la télévision. Restant fidèle à l’œuvre de référence, les histoires portées à l’image nous entraînent davantage dans cette faste Angleterre victorienne, aux paysages verdoyants et aux robes taille empire. Sans être désuets, les livres et les films restent des exutoires incontestables à notre société, dont l’apanage n’est plus celui du langage châtié ni de la galanterie.

Caroline
AUSTEN, Jane, L’œuvre romanesque. L’intégrale illustrée, 2016, Éditions de Noyelles, Paris
Lettres Illustrées Jane Austen, choisies et commentées par Penelope Hugues-Hallett, 1994, éd. Herscher
ADLER, Laure, BOLLMANN, Stefan, Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, 2007, Flammarion, Paris

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