Coup de cœur : Buvard de Julia Kerninon

En hommage à la fiction et à l’écrivain, Julia Kerninon a signé un premier roman ambitieux qui dévoile l’« antre » de la création.

Buvard, c’est une biographie fictive, l’histoire d’un auteur de génie dont le climax de la carrière est déjà passé. C’est une rencontre entre un homme, Lou, jeune intervieweur, fan invétéré, et une femme, Caroline, écrivaine à succès, inatteignable et mystérieuse. Alors qu’elle vit recluse dans la campagne anglaise après avoir connu une gloire précoce, Caroline N. Spacek accepte de recevoir Lou pour une interview qui durera un été entier et qui prendra la forme d’un testament littéraire. Le jeune homme se retrouve à la fois pris au piège, aimanté, dépendant, et unique garant du récit et du quotidien d’une femme dont il ne connaît que les écrits. Ensemble, ils retracent et reconstruisent l’histoire d’une vie.

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Buvard. Une biographie de Caroline N. Spacek, Julia Kerninon, Arles, France, Éditions du Rouergue, coll. « La Brune », 2013, 199 p.

J’ai du mal à savoir où commencer pour parler de ce livre indéniablement réussi. Le fond et la forme se subliment. Julia Kerninon nous plonge dans les entrailles de la création littéraire, dans une mise en abîme de la fiction. Elle nous parle de la multiplicité des relations et de leur conflit : intervieweur/interviewé, homme/femme, parent/enfant, novice/mentor, écrivain/écrivain… Elle nous parle de la violence aussi, la violence physique, celle des mots et de leur absence. Du souvenir qui forge, inspire et qui détruit. Du salut par la lecture et l’écriture. Des déboires et des espoirs qui créent une destinée littéraire.

« J’avais dix-huit ans. J’étais fraîche et dure et je ne savais rien. Ma mère mangeait trop et mon père jetait de l’alcool par la fenêtre. Nous coulions par le fond dans une confusion que, même dans les années à venir, très loin de là, je n’arriverais jamais à retracer telle qu’elle avait été. »

Captivant, dense, sombre parfois, Buvard est une ode à l’écriture. La plume de Julia Kerninon est d’une grande maîtrise, ses mots sont beaux même quand ils sont durs, ses phrases sont proches de la perfection, réfléchies, travaillées, comme le seraient celles de Caroline S. L’auteur réussit à créer un univers littéraire tangible autour de son personnage principal, comme si elle avait écrit chacun des livres fictifs évoqués. Le magnétisme de Caroline se ressent à chaque page, une présence forte, lumineuse. Plus d’une fois je l’ai vu devant moi, grande, majestueuse, affalée sur un fauteuil à raconter son étrange histoire, une cigarette à la bouche.

Buvard donc, premier roman aboutit et prometteur d’une jeune auteur de 27 ans, qui remporta le Prix Françoise-Sagan 2014 et le Prix René-Fallet 2015. Depuis, Julia Kerninon a publié Le dernier amour d’Attila Kiss (1) en 2016 et Une activité respectable (2) en janvier 2017. Devinez qui est passé par la librairie ?

Lucie T

(1) Le Dernier Amour d’Attila Kiss, Arles, France, Éditions du Rouergue, coll. « La Brune », 2016, 123 p.
(2) Une activité respectable, Éditions du Rouergue, coll. « La Brune », 4 janvier 2017, 60 p.

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