Relecture du film « Taxandria » de Raoul Servais

Taxandria est un film de Raoul Servais réalisé avec la collaboration du dessinateur François Schuiten. Sorti en 1994, il n’eut pas le succès escompté. Pourtant encore aujourd’hui il peut faire écho à certains problèmes de société.

Affiche du film Taxandria de Raoul Servais avec la participation graphique de François Schuiten
Affiche du film Taxandria de Raoul Servais avec la participation graphique de François Schuiten

Alors pour ceux qui ne l’ont jamais vu, de quoi s’agit-il ? Si le nom du film ne vous dit rien, vous aurez peut-être entendu parler du dessinateur qui en réalisa les décors : François Schuiten. Avec son acolyte Benoit Peeters ils sont à l’origine notamment d’une série de bandes dessinées intitulée « Les cités obscures » qui plonge le lecteur dans un univers qui lui est propre. Un monde dessiné où la vie réelle se mêle à un imaginaire fantastique débordant, donnant vie à des villes situées entre le rêve et la réalité.

Et c’est justement ce qui est en question dans le film que je vous présente. L’intrigue tient place dans une ville détruite par un cataclysme causé par l’homme, sa quête de puissance et de savoir. Suite à cela, et pour se reconstruire, c’est une politique de l’éternel présent qui dirige toute la citée de Taxandria. Y sont alors interdits toutes notions de temps et de progrès, en proscrivant la science, l’art, la machine et toute autre création. Cette ville si particulière nous la découvrons au travers des aventures du jeune Aimé qui, petit à petit découvre les secrets mystérieux et tragiques de la ville, et finira par vouloir regagner sa liberté.

Scène issue du film Taxandria de Raoul Servais
Scène issue du film Taxandria de Raoul Servais

Mais ce qui fait la force de ce film, en plus de ce scénario, c’est le procédé de réalisation qui permet de distinguer notre monde, de cette ville imaginaire. Le spectateur y pénètre par l’intermédiaire de deux personnages. Le premier, un jeune prince venu préparer ses examens dans un hôtel en bord de mer, fera la rencontre d’un gardien de phare nommé Karol. Ce dernier lui fera découvrir son royaume Taxandria, qui prend la forme d’un rêve dans la tête du jeune homme. Techniquement, la distinction entre les deux mondes intervient par l’utilisation du dessin, et une technique qui prit le nom du réalisateur : la servaisgraphie. Ce procédé consiste à mêler la vue réelle à l’animation et au dessin, donnant au film un aspect très graphique. Un film ainsi souvent qualifié d’expérimental pour l’époque, François Schuiten en parlant lui-même comme d’un film laboratoire.

Scène issue du film Taxandria de Raoul Servais, décor dessiné par François Schuiten
Scène issue du film Taxandria de Raoul Servais, décor dessiné par François Schuiten

Quelle vision pouvons-nous alors avoir de ce film au XXIe siècle ? Comment appréhender cette œuvre certes fictionnelle mais qui pourtant fait écho à des évènements réels ?

Taxandria est en effet un film que l’on pourrait qualifier de fable ou de conte. Il met en avant une ville placée sous un régime autoritaire, une dictature, qui a fini par tout détruire : la citée elle-même, mais aussi l’humanité. Pour y donner plus d’intensité, les rappels à d’anciens régimes ou évènement historiques sont nombreux tel que le régime de Salazar en Espagne, l’armée SS de Himmler en Allemagne, ou encore le régime conservateur de Pétain en juin 1940. Un rapport donc quasi constant avec la Seconde Guerre mondiale, et les régimes autoritaires en général. Quelques scènes à la fin du film laissent apercevoir la chute du mur de Berlin et la statue de Lénine, permettant d’ailleurs de mettre en évidence son véritable propos. Cette œuvre cinématographique est à comprendre en effet comme une critique des sociétés conservatrices et renfermées sur elles-même, en mettant en avant l’importance des valeurs de la liberté.

Scènes issues du film Taxandria de Raoul Servais
Scènes issues du film Taxandria de Raoul Servais

Et c’est bien en cela que ce film se doit d’être vue encore à notre époque, qui ces dernières années n’a cessé de prodiguer cette valeur et ce droit à la liberté, pour lequel des peuples se battent encore.

Je ne souhaite ainsi pas vous en dire davantage, en espérant simplement que mon article vous donnera envie de vous précipiter dans votre médiathèque la plus proche ou service de vidéo et de vous en faire votre propre avis.

Petites infos au passage :

Vous pouvez retrouver la version en bande dessinée de François Schuiten et Benoit Peeters, sous le titre « Souvenirs de l’éternel présent« , toujours dans la série des Cités obscures.

Et pour les passionnés du travail de Schuiten et Peeters, l’exposition intitulée « Machines à dessiner » est toujours en cours au musée des arts et métiers  de Paris jusqu’au 26 mars.

Margot Fache

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