A LA RENCONTRE DU GRAND NORD

En cette période de grand froid, plongeons-nous dans un classique de la littérature américaine : Croc-Blanc de Jack London. Publié en 1906, il est rapidement traduit dans de nombreuses langues, preuve de son succès, lui conférant ainsi une évidente popularité. Influencé par ses lectures, notamment les écrits de Nietzsche, de Marx et de Darwin, Jack London, de son vrai nom John Griffith, est un autodidacte, passionné d’aventures. Luttant contre le capitalisme, sa prose est alimentée de ses expériences et de ses revendications socialistes.

Dépeignant avec précision le décor hostile de l’Alaska, l’écrivain nous conte le récit d’un louveteau, faisant l’apprentissage de la vie jusqu’à changer sa propre nature et accepté sa domestication. Celle-ci est d’ailleurs bien attestée dès lors qu’il acquière son identité en ces termes : « Il y a donc en lui un peu de chien et beaucoup de loup. Blancs sont ses crocs et Croc-Blanc sera son nom ».

Le lecteur accompagne le jeune loup dans ses pérégrinations à la conquête du monde et devient le témoin de son évolution. Par le biais de ses rencontres, Croc-Blanc construit sa propre individualité, coudoyant constamment avec une humanité parfois outrancière. En effet, le caractère anthropomorphique des sentiments décrits par l’auteur engendre un certain trouble : qui est l’animal et qui est l’homme ? Transportés dans la psychologie de l’animal, nous devenons le loup et nous nous surprenons à comprendre d’avantage les émotions canines que celles des hommes, qui sont finalement des personnages secondaires. Leur présence n’est utile qu’à l’accomplissement du développement de Croc-Blanc.

photo-du-film-croc-blanc-realise-par-randal-kleiser-et-sorti-en-1991
Capture d’écran du film Croc-Blanc réalisé par Randal Kleiser et sorti en 1991

Avec l’appui de sa plume bien acérée, Jack London nous entraîne au milieu des grands espaces et nous fait voyager. A la fois aventurier et conteur, il intègre adroitement une part autobiographique dans sa narration. Ainsi, dès les premières lignes du roman, ses descriptions détaillées et ses choix terminologiques justes créent un imaginaire réaliste pour le lecteur, qui recherche une véracité exacerbée. Evidemment, le but de ce roman n’est pas celui de raconter la vie d’un loup. Il s’agit finalement de relater la lutte acharnée pour la survie. « Persécuteurs et persécutés, chasseurs et chassés, mangeurs et mangés, le tout dans l’aveuglement et la confusion, la violence et le désordre, en un chaos vorace et sanguinaire, régi par le hasard, la cruauté et condamné à l’éternel recommencement », ces propos résument avec pertinence la concordance entre les deux espèces – l’animal et l’homme – dans une situation similaire de subsistance au sein d’une nature majestueuse, tantôt bienveillante, tantôt cruelle.

Caroline Megel

LONDON, Jack, Croc-Blanc, Paris : Hachette, 1983

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s