Guerrilla Girls : Not ready to make Nice.

Il y avait bien longtemps que je n’avais plus été enthousiasmée par une exposition d’art contemporain. J’écumais les expositions avec sans cesse un goût d’inachevé ou d’incompréhension tant l’art contemporain me paraît parfois fade et vide de sens. J’ai constamment l’impression que les artistes tentent de pallier les carences de leurs œuvres par des mots et de trop longs discours. Lorsque les œuvres manquent de consistances et qu’elles ne parlent pas d’elles-mêmes, j’en arrive à me demander si du coup celles-ci fonctionnent vraiment. Mais je dois le dire, le Frac Lorraine 49 Nord 6 Est a définitivement balayé ce sentiment. Je suis sortie de l’exposition Guerilla Girls Not ready to make Nice, sourire aux lèvres, et pensant simplement « Merci ». Merci d’avoir consacré une telle exposition à un collectif aussi salvateur.

Guerrila girls ?

Guerrilla Girls est un collectif d’artistes anonymes fondé en 1985. Pour garder leur anonymat, elles portent des masques de gorilles en public et utilisent des noms d’illustres artistes femmes décédées.
Leur objectif ? Mettre l’accent sur la dimension politique de leur travail et dénoncer l’oubli systématique des femmes dans les sociétés contemporaines.
Les Guerrilla Girls se sont autoproclamées « conscience du monde de l’art ». Et pour cause ! Elles sont les premières à offrir une vue d’ensemble sur le sexisme en politique, dans l’art, les films et la pop culture.
Elles utilisent les faits, l’humour et des visuels forts pour frapper les esprits. Elles ébranlent l’idée d’une histoire dominante en révélant les récits cachés, les laissés-pour-compte et tout ce qui est purement scandaleux. Elles croient en un féminisme intersectionnel qui combat la discrimination et défend les droits humains de tous les peuples et de tous les genres.

L’exposition

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Not Ready To Make Nice. Guerrilla Girls 1985-2016. Commissaire : Xavier Arakistain. Vue de l’exposition au 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine, Metz, Fr, 2016/17. Photos : Eric Chenal © Guerrilla Girls

Les Guerrilla Girls fonctionnent beaucoup avec les statistiques. Pour exemple cette affiche affirme :

« Est-ce que les femmes doivent être nues pour avoir leur place au Metropolitan Museum ?  Moins de 4% des artistes exposés dans les sections d’art moderne sont des femmes, mais 76% des nus sont des nus de femmes »
Statistique du Met- Metropolitan Museum of Art, New York.

8_2012getnakedGuerrilla Girls, Reinventing the « f »word – feminism !, 1985-2012. Coll.49 Nord 6 Est – Frac Lorraine – Guerrilla Girls

Cette affiche m’a littéralement replongé dans mes études d’histoire de l’art. A cette époque, je commençais doucement à prendre la mesure du combat des femmes, mais je l’avais involontairement rangé dans la case « politique », pensant naïvement qu’il n’y avait pas de combat féministe à mener dans les milieux artistiques. Après réflexion, je n’ai, pendant mes trois années d’histoire de l’art, que très peu étudié le travail de femmes artistes. Souvent d’ailleurs, quand le parcours de ces femmes était abordé, il l’était au regard de celui des hommes. On pourrait citer Camille Claudel dont le travail est souvent relégué au second plan face à celui de l’illustre Rodin. Quelques petits noms viennent se glisser ça et là, telles Élisabeth Vigée le Brun ou Sophie Taeuber-Arp, mais face à Rembrandt, Pontormo, Le Gréco, Mondrian, Van Doesbourg, Picasso, Matisse, Monet, Manet, etc. où sont les femmes ? Pour reprendre avec humour la chanson de Patrick Juvet (…) En 2011, l’affiche « est-ce que les femmes doivent être nues pour avoir leur place au Metropolitan Museum ? » est reprise telle quelle par les Guerilla Girls avec les mêmes chiffres. Rien n’aurait donc changé ? Sommes-nous encore en train de nous entêter à ne pas instaurer l’égalité entre les sexes ?

 

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Guerrilla Girls, Reinventing the « f »word – feminism !, 1985-2012. Coll.49 Nord 6 Est – Frac Lorraine – Guerrilla Girls

En 1988, les Guerrilla Girls proposent une affiche sur les avantages d’être une artiste femme :
• Travailler sans la pression du succès.
• Ne pas devoir exposer avec des hommes.
• Être indépendante du monde de l’art grâce à vos quatre jobs free-lance.
• Savoir que votre carrière prendra peut-être de l’essor quand vous aurez 80ans.
• Être sûre que votre travail, quel qu’il soit, sera catalogué comme féminin.
• Ne pas vous encroûter dans un poste d’enseignant titulaire.
• Voir vos idées continuer à vivre dans les œuvres des autres.
• Pouvoir choisir entre votre carrière et la maternité.
• Ne pas avoir à fumer de gros cigares suffocants ni à peindre dans un costume italien.
• avoir plus de temps pour travailler quand votre partenaire vous lâche pour quelqu’un de plus jeune.
• Être incluse dans les versions révisées de l’histoire de l’art.
• Ne pas avoir à subir la gêne d’être appelée un génie.
• Avoir des portraits de vous en costume de gorille dans les revues d’art.

En lisant ce texte, j’ai un sourire, mais j’ai aussi un léger haut-le-cœur. Je me dis que la lutte n’est pas finie, que les amorces de combats qui ont été réalisés par des collectifs activistes doivent continuer. Les Guerrilla Girls nous rappellent que les buts politiques du mouvement féministe de la fin des années 60 sont encore à atteindre, et leur travail m’encourage à continuer la lutte. Aux yeux de ceux qui me connaissent, je suis LA féministe de service. Dans la bouche de certains, le mot féminisme est connoté de façon péjorative. Les médias ayant aidé dans la dépréciation du mot. Pourquoi se déclarer féministe serait-il une mauvaise chose ? Pourquoi penser que les féministes veulent nécessairement castrer les hommes ?

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©Guerrilla Girls

Pendant longtemps je n’osais pas déclarer haut et fort que j’étais féministe par peur de ce que l’on pouvait penser de moi. Aujourd’hui, je veux montrer aux gens qu’être féministe ce n’est pas cracher sur les hommes. Je veux montrer aux gens que l’on peut être féministe et féminine. Que tout n’est pas incompatible. Qu’il y’a autant de femmes dans le monde que de façon de penser le féminisme. Et que non, être féministe n’est pas un gros mot, et que les hommes devraient l’être. Le féminisme n’est pas seulement une histoire de femmes. Et si l’on veut faire avancer les choses, ce n’est qu’en marchant main dans la main que nous y arriverons.
Je ne sais pas si c’est parce que je suis femme, et que celle qui m’a mise au monde est une artiste, mais cette exposition m’a profondément chamboulée. Ce que je sais, en toute objectivité, c’est que le combat féministe doit continuer parce que même si les femmes sont la seconde majorité de la planète, elles restent malgré tout, une minorité, quel que soit l’âge, la religion, la couleur de peau ou l’orientation sexuelle. Et même en grammaire, c’est trop souvent le masculin qui l’emporte.

Je remercie les Guérilla Girls, Xabier Arakistain (commissaire de l’exposition) et ma maman. Et si j’étais une Guérilla Girl je serais Niki de Saint Phalle.

Exposition jusqu’au 19 Février 2017 /Not Ready To Make Nice. Guerrilla Girls 1985–2016 Commissaire : Xabier Arakistain. Ouvert pendant les vacances scolaires et jours fériés.

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