Portrait : Hilma Af Klint

Coïncidence !

Lorsque je me suis rendue à l’avant-première du dernier film d’Olivier Assayas, Personal Shopper, je ne m’attendais pas à redécouvrir une artiste oubliée du début du XXe siècle, Hilma Af Klint. Bien sûr, pour qu’il n’y ait pas de confusion, Olivier Assayas ne raconte pas la vie d’Hilma Af Klint, mais évoque simplement son existence liée au spiritisme, fil rouge de la narration. Ainsi, l’allusion à l’artiste s’apparente à un fantôme : une référence faite à Maureen dans un café parisien (personnage principal interprété par Kristen Stewart), une courte vidéo visionnée sur YouTube dans le métro, un livre acheté… Alors en historienne de l’art que je suis, me rappelant vaguement d’avoir déjà entendu ce nom quelque part, il m’en a fallu peu pour réveiller ma somnolente curiosité. Ni une, ni deux, un mystère s’imposait à moi et la ferveur de la recherche réapparue : qui était cette femme que l’histoire de l’art avait oublié et qui fut redécouverte dans les années 80 ?

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Portrait

Hilma Af Klint est née à Stockholm en 1862. Élevée dans une famille d’officiers de marine, elle s’oriente vers l’art dans un des rares pays à permettre l’accès des femmes à l’enseignement artistique. Lors de ses études à la Royal Academy of Art de Stockholm, elle se spécialise dans la peinture de paysages naturalistes et de portraits. Tout ce qu’il y a de plus classique, peindre le monde tel qu’on le voit, peindre les apparences, l’aspect extérieur des choses tels des simulacres. Puis un tournant, un déclic, une révélation ! Initiée à la théosophie et au spiritisme (courant alors très en vogue mené par Rudolf Steiner), Hilma se détache et se libère des dogmes matérialistes au profit de la traduction picturale de l’invisible, d’abord par le dessin automatique avec le groupe De Fem (Les Cinq) puis à travers l’abstraction géométrique. À 44 ans, elle découvre sa voie. Sans contact avec l’avant-garde artistique de l’époque, l’artiste élabore son œuvre dans le plus grand secret entre 1896 et 1915, bien avant les grands maîtres abstraits que sont Kandinsky, Malevitch ou Kupka. Chose incroyable, son travail plastique nous est parvenu seulement vingt ans après sa mort en 1966 et a été révélée au public en 1986 grâce à l’exposition The Spiritual in Art, Abstract Painting, 1890-1985 à Los Angeles. Pourquoi ? Hilma Af Klint, avait stipulé dans son testament son souhait de dissimuler son œuvre, persuadée que sa génération ne pourrait comprendre son message. Ainsi, Hilma peignait pour le futur.

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Hilma Af Klint, De tio största, nr 3, Ynglingaaldern, grupp IV, 1907.

 » Il n’y a pas de religion plus haute que la vérité « 

Suivant la devise de la Société théosophique, l’œuvre d’Hilma Af Klint est une traduction picturale des puissances invisibles qui régissent le monde. Dès 1905, persuadée d’être en contact avec un esprit nommé Amaliel qui lui confie sa grande mission, l’artiste commence à peindre la représentation symbolique de l’univers dans une série intitulée Peintures pour le Temple. 193 œuvres monumentales divisées en 16 groupes, accompagnées de carnets de notes et d’un essai de 1200 pages : Étude sur la vie spirituelle. Un véritable programme, une métaphore de l’évolution spirituelle qui atteint son acmé avec Les dix plus grands, réalisés à partir de 1907.

Hilma Af Klint voyait dans cette série un témoignage des phases de la vie humaine : « dix tableaux sublimes allaient s’exécuter les couleurs devaient avoir une fonction pédagogique […]. C’était le dessein des maîtres de donner au monde un aperçu de la systématisation des quatre phases de la vie humaine : ils s’intitulent Enfance, Adolescence, Âge d’homme et Grand âge ».

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Hilma Af Klint, Alterbild, nr 1, grupp X, Altarbilder, 1915.

Prenant le contre-pied d’une société en pleine industrialisation, Hilma Af Klint élabore progressivement une oeuvre dense (plus de 1000 peintures), qui nous ouvre les portes d’une autre dimension. Une dimension où le monde et la matière sont nés de l’esprit et qu’elle manifeste par des symboles tels que la spirale pour signifier l’évolution ou bien la forme en amande pour évoquer l’unité et l’achèvement. Des symboles qu’Hilma Af Klint questionnait sans fin dans ses carnets afin de comprendre le message transmis par cette puissance supérieure qui s’exprimait à travers ses propres mains.

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Hilma Af Klint, Carnet de notes.

Il y a quelque chose d’impalpable dans le destin de cette femme et de son oeuvre. Alors je m’arrête là, espérant vous avoir communiqué ma curiosité. Cet article n’était qu’une mise en bouche. Maintenant, à vous de jouer !

Margot Rieder

Autour de l’artiste
Rudolf Steiner et la Théosophie
Personal Shopper d’Olivier Assayas à découvrir au cinéma

Une réflexion au sujet de « Portrait : Hilma Af Klint »

  1. J’aime bien les mystères qui entourent les artistes et leur oeuvre. J’ai eu l’occasion de voir le travail de cette artiste à Londres, mais je dois avouer qu’il ne m’a pas transporté. Un peu trop géométrique pour moi peut-être? Dans le genre spiritualiste, je préfère Hidegarde von Bingen. Merci pour l’article!

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