Tino Sehgal, proposition d’évolution ?

Annlee : « I am an imaginary character, I am no ghost, just a shell »

Petit passage parisien, détour par le Palais de Tokyo pour découvrir la carte blanche de Tino Sehgal. Qu’est-ce qu’une carte blanche sinon une invitation à se faire plaisir et à envahir un lieu comme on l’entend ? Tino Sehgal, artiste anglais contemporain qui travaille avec le corps, la voix, la partition et le mode d’emploi a investi le Palais de Tokyo jusqu’au 18 décembre 2017, retour sur une exposition ambiguë.

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Qu’est-ce qu’une exposition si ce n’est une présentation des œuvres d’un artiste ou de plusieurs ? Ici, nous sommes face à des performeurs qui nous invitent à voir une exposition en les regardant s’exposer, se mettre en scène. En effet, ils font partie à part entière des « œuvres » présentées, proposées par Tino Sehgal. Nous arrivons au Palais de Tokyo et nous sommes accueillis par une première personne qui nous interroge : « qu’est-ce que l’énigme ? » N’y en a-t-il qu’une ? Que nous demande-t-on vraiment ? Première surprise passée, mon ami répond par l’énigme du sphinx, jolie pirouette qui reste sans réponse ou plutôt, la réaction en face a été de faire un mouvement des bras, une ondulation du corps et de nous inviter à descendre à l’étage inférieur du Palais. Là, du bruit, une mélodie, un groupe de personnes entonne une chanson au bas de l’escalier… Je crois qu’il y est question d’amour, de duo, mais je ne suis pas sûre. Ça chante, le rythme s’intensifie. Puis le groupe s’en va, part dans un couloir sombre pour finir dans une salle plongée dans l’obscurité. On entre ou pas ? Ou pas donc… pour l’instant du moins.

Le Palais de Tokyo a quelque chose du labyrinthe, il change, se transforme, opère une métamorphose d’une exposition à une autre ce qui fait qu’on le reconnaît et on le redécouvre dans un même temps. Pourquoi ne pas déambuler et découvrir d’autres pièces (ou pas) ? Un peu plus loin, un auditorium dans lequel je retrouve Annlee. Pourquoi est-ce que je dis que je la retrouve ? Parce que c’est déjà dans cette pièce qu’était présentée une performance de Tino Sehgal au moment de l’exposition de Philippe Parreno en 2013. C’est presque la même performance. Tino Sehgal donne vie à Annlee, personnage de Manga acquise auprès d’une société japonaise par Philippe Parreno et Pierre Huygue. De ce personnage, chaque artiste en a fait ce qu’il voulait. Tino Sehgal nous la montre avec les traits d’une jeune fille (accompagnée d’un jeune garçon cette fois, il s’intéresse à elle, lui, à elle et à son histoire). Annlee nous raconte sa vie. À quel point ses acquéreurs sont occupés et nous demande ce que nous préférerions entre être trop occupés ou ne pas l’être assez… Silence dans l’assemblée. Interrogation supplémentaire genre « really, vous n’avez pas d’avis ? ». Une dame finit par répondre. Elle préfère être trop occupée que pas assez. Dans mon souvenir, il y avait eu la même question et la même réponse lors de l’exposition Parreno en 2013. Pourquoi ? Pourquoi tenons-nous tant à être trop occupés ? Avons-nous peur du vide ? Encore cette fois, je n’ai pas répondu mais je sait ce que j’aurais répondu : je souhaite n’être pas assez occupée mais c’est sans doute parce que, parfois, je le suis sans doute trop et qu’il est bon de prendre son temps pour vivre.

Cette exposition est une invitation à observer, à vivre des œuvres, à s’interroger. Avant d’y aller, les échos que j’avais eus étaient « Ah ouais quand même » mais pas plus ou pas beaucoup plus, parce qu’il faut la voir, la vivre et qu’il est important de se forger sa propre opinion, l’expérience variant d’une personne à l’autre. Mais après on peut parler… Et là, les avis divergent. Le mien du moins.

Je suis allée au Palais de Tokyo pour Tino Sehgal avec un a priori très positif. Je l’avais « vu » au même endroit il y a trois ans, je l’avais vu au Centre Pompidou dans une exposition sur la danse, et je l’avais vu à Strasbourg à l’Aubette 1928. Je savais à quoi m’attendre et j’ai retrouvé avec plaisir des performances déjà vues mais expérimentées différemment, je ne suis plus la même. Et d’évolution, nous en avons parlé lors de la performance sur le progrès. Nous sommes accompagnés par plusieurs personnes, nous marchons entre plusieurs salles, une petite fille (9 ans) nous a demandé ce qu’est le progrès, si le progrès c’est bien ou non, et si nous avons progressé et comment. Puis un ado-adulte puis une jeune femme puis une mamie, chacun nous parle. Et avec toutes ces personnes, on parle de progrès, d’évolution, de nous, d’erreurs que nous essayons de ne plus refaire, du monde dans lequel on vit. Une amie a fait l’expérience de cette performance et en est ressortie chamboulée. Pas moi mais je n’ai pas vécu la même chose, ça m’a affecté différemment, les discours n’étaient pas forcément les mêmes alors que le départ était similaire et je n’étais pas seule. Tout cela a un impact sur le ressenti. L’expérience est mouvante. Avoir déjà vécu des performances de Tino Sehgal change sans doute l’impact qu’elles ont sur nous. En fait, tout ce qui nous fait et qui fait qu’on n’est plus la même que par le passé change notre façon de vivre ces expériences, ce qui fait la richesse du travail de cet artiste.

C’est une autre expérience d’exposition. Il ne s’agit pas de tableaux accrochés à des murs, de sculptures posées sur des socles autour desquels on peut tourner, c’est quelque chose de vivant, mouvant qui évolue en fonction de l’espace et des visiteurs s’y trouvant. C’est une invitation à la promenade et à l’interaction, en ce sens c’est exeptionnel. Mais Tino Sehgal aurait pu aller plus loin. Il a investi le Palais de Tokyo, a employé ses différents espaces. On a dansé dans le noir, discuté, observé, découvert… mais cela manquait d’une certaine profondeur malgré le passage d’un âge à l’autre, malgré une évolution certaine, les interrogations proposées ont trouvé un écho, peut-être n’était-ce pas le moment, peut-être que ce n’était pas suffisant… Ce sont des œuvres à vivre, c’est évolutif et c’est questionnant.

Cécile.

Palais de Tokyo

13 Avenue du Président Wilson, 75116 Paris

Du 12 octobre au 18 décembre 2016, pendant la carte blanche à Tino Sehgal, les espaces d’expositions sont exceptionnellement ouverts de midi à 20 h (et non pas jusqu’à minuit), tous les jours sauf le mardi.

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