Lecture du moment : L’improbabilité de l’amour

Ne vous fiez pas à son titre « fleur-bleu », L’Improbabilité de l’amour traite certes de ce sentiment, mais avant cela, c’est surtout une véritable enquête historico-artistique pleine de suspens qui vous attend.

Et soyez en sûr vous devriez en ressortir éblouis et certainement avec de nouvelles idées quand à ce qui fait la valeur véritable d’une oeuvre art.

Hannah Rotschild, L'Improbabilité de l'amour, page de couverture, éditions Belfond
Hannah Rotschild, L’Improbabilité de l’amour, page de couverture, éditions Belfond

« Mon avenir dépend de la valeur que m’attribuent les gens et de la protection qu’ils jugent nécessaire de m’accorder. L’art ne survit qu’en faisant vibrer le cœur d’une personne, qu’il rassure et réconforte. Un grand tableau distille de l’émotion et tend une main empathique par-delà le temps et les circonstances. Pas étonnant que des mortels aillent jusqu’à se battre pour s’emparer de moi. » 1

L’Improbabilité de l’amour est le premier roman de Hannah Rothschild qui depuis 2015 siège au conseil d’administration de la National Gallery de Londres.

L’histoire :
Annie, une jeune cuisinière, rêve de servir dans les plus grandes maisons londoniennes. Un jour qu’elle cherche un cadeau pour celui avec lequel elle partage son lit, elle entre dans la boutique d’un brocanteur et y découvre un tableau caché entre un meuble d’archive et un ficus. Elle ne sait pas encore qu’elle est tombée sur un chef d’œuvre perdu du célèbre Antoine Watteau. Pourtant, elle ne peut se résoudre à rester ignorante sur l’histoire de cette œuvre et va mener l’enquête, aidée dans cette tâche par un guide de la Wallace Collection, ainsi que par une restauratrice d’art œuvrant à la National Gallery.
Tour à tour, nous sommes amenés à rencontrer d’autres personnages influents dans le monde de l’art, comme la famille des Winklemann, des collectionneurs, des maisons de vente, etc. Des personnages, qui, l’histoire nous le montrera, ne seront pas des plus honnêtes et cachent parfois, derrière la cause de l’art, de lourds secrets.
Autre personnage auquel l’on s’attend moins, c’est le tableau lui-même. Ce dernier prend la parole à la première personne, et nous raconte son histoire, celle de son maître, celle de ses propriétaires. Il nous donne son propre point de vue sur les recherches menées sur lui et tout ce chambardement dont il est à l’origine. Il n’hésite ainsi pas à poser des questions sur la place de l’art dans notre société. A qui profite l’art ? Pourquoi existe-t-il ? Qu’est-ce qui fait un chef d’œuvre ?

« L’art donne aux mortels l’impression de se rapprocher du paradis. Regardez le nombre de papes qui ont rempli le Vatican d’œuvres de Michel-Ange ou du Bernin. Regardez ces nobles et ces rois indissociables de tel ou tel artiste: les Sforza et Leonard de Vinci; les Médicis et Raphaël […] Rien ne rend les hommes plus fous que de ne pouvoir posséder quelque chose. » 2

Ce que j’ai aimé et ce que je retiendrai : 

  • Hannah Rothschild nous plonge dans une enquête palpitante et passionnante au cœur de l’art et de ses institutions. Nous sommes plongés dans l’histoire d’un chef d’œuvre du XVIIIe siècle, perdu et retrouvé, qui connut toutes sortes de péripéties. L’histoire de sa création, ses jours de gloires auprès de rois et reines, son exposition dans le modeste appartement d’une famille juive pendant la seconde guerre mondiale. C’est un véritable voyage dans le temps que nous offre ces quelques 700 pages.
  • Faire parler le tableau. Et oui, l’œuvre qui est au centre de l’attention durant tout le récit, est aussi un personnage à part entière qui narre son histoire à la première personne. N’est-ce pas là le rêve pour le curieux ou l’amateur, mais un cauchemar pour l’historien d’art ?
  • N’importe qui doué d’un minimum de sensibilité peut être émue par l’art. Ce roman, certes c’est une fiction, mais c’est aussi une belle réflexion sur ce qu’est l’art et ce qui fait une oeuvre. Et ce que j’ai apprécié le plus peut-être, c’est qu’outre tous les professionnels du milieu qui prennent la parole dans ce récit, c’est bien une femme qui n’y connaissait rien qui a trouvé ce chef d’œuvre et a su voir ce qu’il représentait vraiment.

« – Je me sens curieusement le devoir de le protéger (le tableau), avoua-t-elle. C’est ridicule. Ce n’est que de la toile, de l’huile et du bois.
– Les belles œuvres d’art nous touchent toujours, c’est leur raison d’être, répondit-il en souriant. » 3

Margot Fache


1 Hannah Rothschild, L’Improbabilité de l’amour (trad. Valérie Bourgeois), Paris : Belfond, 2015, p.147
2 Hannah Rothschild, L’Improbabilité de l’amour (trad. Valérie Bourgeois), Paris : Belfond, 2015, p.406
3 Hannah Rothschild, L’Improbabilité de l’amour (trad. Valérie Bourgeois), Paris : Belfond, 2015, p.229

 

 

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