« Nous Autres », nous-mêmes…

« Nous Autres » sera déployé sur le périmètre de la Neustadt pour les Journées du Patrimoine à Strasbourg le week-end du 17 et 18 septembre 2016. L’artiste sera présent pour vous rencontrer le samedi 17 de 11h à 13h !

En résidence au shadok, Gaëtan Gromer a créé un itinéraire sonore à travers la ville. Intitulé « Nous Autres », c’est un portrait de société qu’il dresse en nous proposant d’écouter à travers les murs, tout autour de nous, lors de nos promenades.

« Nous Autres », Gaëtan Gromer, 2015-2016
« Nous Autres », Gaëtan Gromer, 2015-2016
Ce monde dans lequel on vit, quel est-il ? Qu’est-il en train de devenir ? Que sommes-nous en train d’en faire ? La technologie est de plus en plus présente, à tel point que les moyens de communiquer les uns avec les autres sont tels qu’on en oublierait presque de réellement vivre (plutôt que virtuellement).

Constats (sans jugements aucun, hein !) ou plutôt addition :
. la technologie est partout dans nos vies, nos machines sont de plus en plus “intelligentes” (avec les M2M qui se parlent entre elles afin de prévenir le fabriquant d’un éventuel dysfonctionnement par exemple);
+ nous vivons dans une société hypercommunicante où les réseaux sociaux sont au cœur de nos vies, qu’on les aime ou non, qu’on s’en serve ou non, on finit souvent par en parler (je veux parler des facebook, twitter, instagram, snapchat, google+ et autres) ;
+ ces réseaux, nos mails et autres nous demandent de plus en plus d’infos personnelles (pourquoi google a besoin de notre numéro de téléphone pour créer une adresse email ?) ;
+ de plus en plus, nous lisons sur des sites internet, nous commandons en ligne, nous préparons nos vacances virtuellement, nous planifions, organisons nos vies via des applications, smartphones ou autres, nous téléchargeons des applications qui nous disent où nous sommes, le nombre de calories que nous ingurgitons, etc. Bref, de plus en plus nous communiquons donc de manière virtuelle et nos vies sont liées au numérique ;
+ sur ces réseaux, nous devenons exhibitionnistes et voyeuristes (comment ça, non ?), nous disons ce qui nous passe par la tête, nous montrons des moments de nos vies, nous les présentons à nos amis mais aussi à de parfaits inconnus (ah ben oui, les administrateurs de ces sites, pour pouvoir les administrer, ils regardent, non ? Ah zut, j’avais dit que je ne porterai pas de jugement, mais ce n’en est pas vraiment un, c’est un constat), et en faisant cela, nos amis, nos connaissances, nos parfaits-inconnus-que-nous-avons-accepté-dans-nos-contacts deviennent voyeurs de nos vies telles que nous voulons les exposer (parfois sans réfléchir qui voit ou non) ;
+ ces réseaux (facebook essentiellement pour ce point-là) nous place en juge ; quand quelque chose nous choque, nous pouvons le signaler, le bloquer (c’est comme ça que “L’origine du monde” de Courbet se retrouve bloqué – le sexe, c’est mal – mais que, comparativement, des pages d’incitation au racisme continuent d’exister, bizarre, bizarre) ;
+ nous accédons à ces réseaux, mails, sites, applications au moyen d’ordinateurs, tablettes ou téléphones ;
+ quand nous téléchargeons une application quelconque (l’appli Le Monde.fr par ex, pourquoi a-t-elle besoin de notre localisation ? Idem pour la lampe de poche de nos téléphones), quand nous nous connectons sur un site, nous sommes localisés et nos données circulent (jusqu’où ? Pourquoi ? Dans quel but ? Nous posons-nous assez ce genre de questions ?) ;
+++ et je pourrais encore continuer…
= un/ notre monde connecté où nous donnons sciemment nos données, nos localisations, nos infos et acceptons que “on ne sait pas qui” fasse ce que bon lui semble (de l’argent essentiellement) avec ce que nous partageons.

Après tout ça que pouvons-nous faire ? Avec tout ça, qu’allons-nous faire ?
On peut, ou non, être d’accord. On peut, ou non, y avoir déjà réfléchi. On peut, ou non, avoir envie de trouver des solutions. On peut, ou non, s’en foutre comme de l’an quarante de tout ça et vivre milieu de nulle part sans réseau aucun. On peut, ou non, s’en refoutre royalement et se plonger dans cette communication totale et cette exhibition jusquauboutiste. Mais on peut aussi pousser plus loin ce que tout cela fait et peut provoquer.

Gaëtan Gromer, artiste sonore, propose « Nous Autres », une application qui est une incitation à se pencher sur notre monde et ce que nous en faisons (parce qu’on l’a signé ce pacte avec le diable, oups… google, facebook etc. pardon !). À partir du 10 avril, on pourra se promener dans Strasbourg et écouter ce qu’il se passe derrière les murs de nos habitations, bureaux, etc. D’ici là, l’équipe qui travaille avec Gaëtan (de l’ingénieur en informatique qui crée le logiciel, à la personne qui trie les sons en passant par l’équipe du Shadok où il est en résidence) prépare l’itinéraire qui pourra « s’entendre » dans toute la ville et récolte des sons. Moi, vous, nous tous pouvons y participer en téléchargeant l’application (IOS et Android pour l’instant) à partir de laquelle on peut s’enregistrer et puis l’envoyer afin que ce soit intégré dans le parcours.

Ce travail-là, c’est une expérimentation pour eux comme pour nous. Nous pouvons nous enregistrer (en train de manger, papoter, se disputer, prendre notre douche, regarder la télé, faire faire des devoirs, être en cours, faire l’amour, être au boulot, en réunion ou que sais-je encore) et nous pouvons envoyer cette captation sonore afin que de parfaits inconnus puissent nous écouter dans quelques temps. Ils ne sauront pas qui nous sommes mais c’est néanmoins une part de qui nous sommes, de notre intimité qui sera ainsi dévoilée. Avons-nous envie de cela ? Ne le faisons-nous pas déjà par d’autres biais ? Puis, nous pourrons écouter et nous confronter à l’intimité d’autres personnes (et la nôtre peut-être aussi si on [n’]a [pas] de [la] chance).

« Nous Autres » de Gaëtan Gromer est une application, une œuvre sonore dont l’idée est de nous pousser à reproduire ce que nous sommes déjà nombreux à faire quotidiennement : on observe, on se montre, on se démontre, on se démonte… On dit où nous sommes, qui nous sommes, ce que nous faisons, ce que nous aimons au monde entier. Le hic : ce monde est-il bienveillant ou veut-il faire du bénéfice ? Ce que nous sommes nombreux à faire sans trop y réfléchir (se plonger à corps perdu dans le numérique, les réseaux sociaux, la surenchère de la monstration de soi…), pourrons-nous continuer à le faire après avoir été (dans) « nous autres »? Expérimentons maintenant, expérimentons après le 10 avril, expérimentons et réfléchissons avec ce que nous propose Gaëtan Gromer.

Cécile.

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

Plus d’infos par là:

http://gaetangromer.com/ + http://gaetangromer.com/portfolio-items/nous-autres-2015/

http://www.shadok.strasbourg.eu/

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s